Les Machinations à Machin

Coucou !

Je devine ce que vous pensez, allez ! Machin s'en va par la fenêtre et revient par le vasistas. Il nous fait le même coup que Ricky Chipolata, authentique chanteur de tango argentin natif de la Garenne-Bezon, qui depuis quinze ans sur la scène du Grand Alcazar de Nœux-les-Mines, n'en finit plus de faire ses adieux à un public de mémères à fanons et de boutiquiers goitreux. Ici j'ouvre une parenthèse politiquement correcte, pour préciser que je n'ai rien contre Nœux-les-Mines, qui me paraît l'endroit idéal pour y succomber de neurasthénie, que les fanons sont très décoratifs (les baleines en sont pourvues et Dieu sait si c'est mignon une baleine), et que le goitre n'a jamais empêché qui que ce soit de faire une carrière presque brillante : regardez Balladur. Pour terminer, ajoutons qu'aucun animal n'a un jour été maltraité durant ses spectacles. Pour la bonne raison qu'aucun n'aurait été assez fou pour s'y risquer. Mais il n'empêche, c'est l'intention qui compte. Ces légères concessions à l'esprit de l'époque dûment effectuées, reprenons.

Dans l'avalanche de courrier émanant d'une multitude d'éplorés au nombre de trois, reviennent de façon lancinante ces questions. Pourquoi avoir arrêté les Kronik ? Avec quoi vais-je bien pouvoir maintenant allumer mon poêle ? Me demande Robert Gaudin.
Savez-vous dans quel merdier vous me laissez en les abandonnant ? M'interroge à son tour Jules Moucharaffe. Une fois qu'il m'eut expliqué en détails l'usage qu'il en avait, je lui ai suggéré d'utiliser à la place du Lotus en rouleau triple épaisseur, double confort, aux senteurs d'eucalyptus.
Je comprends un peu mieux maintenant, pourquoi il parlait de merdier.
Et enfin, pourquoi arrêtez-vous ? Gérard Miller.
Et c'est justement là où ça ne va plus. Du tout. Mais alors du tout.

Comme je vois passer dans votre regard ordinairement pétillant, le flou qui précède la stupeur narcoleptique résultant d'un ennui profond, je ne m'étendrai pas plus que ça sur les relations parfois compliquées que même un écrivailleur, fut-il (futile) de troisième division, entretient avec sa prose. Mais disons rapidement qu'il lui arrive parfois, à la prose, d'exister d'une vie propre. Propre mais pas pour autant souhaitable. Alors, exit les Kronik en voie de sinistrose avancée. Ce n'est pas la peine de se foutre de la tronche de certains schtroumpfs à lunettes sentencieux, et faire comme eux.

Ça me gavait grave, comme dirait mon petit neveu qui fait djeunz en première langue vivante au collège de son arrondissement.
Les Kronik cèdent leur place à des textes à parution aléatoire, qui parleront de tout, mais plus probablement de rien.
Alors je ne garantis pas qu'il n'y ait pas parfois, ici ou là, quelques bouts de Kronik dedans. Car Doc Gyneco le disait bien (dans une interview, dont je recommande, sans ironie aucune, à tout dépressif, la vision en boucle), " Tu chasses le toi y revient à cheval ". Non, je ne le garantis pas, mais j'essaierai d'être vigilant.

Voilà, le seul à ne pas s'être endormi peut réveiller l'autre. C'est terminé, passons à autre chose.


Djo le taxi.

Guère plus tard qu'il n'y pas longtemps, j'errais dans les allées d'un de ces hypermarchés à l'uniformité rassurante, livré aux délices d'un consumérisme ambulatoire récurent, sans lequel ne saurait exister ce bonheur authentique que tant de démunis nous envient à juste titre. Entre deux appels au responsable du rayon " produits festifs ", abondamment sollicité en ces périodes annonciatrices de fêtes automatiques, des haut-parleurs judicieusement disposés, diffusaient une musique dont la consistance se situait en ces confins glucidiques, où le sirop hésite un court instant, avant de se figer en mélasse qui vous colle aux oreilles.
D'aucuns appellent cela de la musique d'ascenseur.

Rappelons à tous ceux qu'un destin casanier aurait confinés dans la fréquentation exclusive des rez-de-chaussée, qu'un ascenseur (assez improprement nommé en ceci qu'il est alternativement un descendeur), est une sorte de boîte métallique rectangulaire, vouée au transport de personnes, mais dont le libre arbitre s'exerce dans les limites étroites d'une stricte verticalité.

Si l'ascenseur (respectivement descendeur), lorsqu'il ne se coince pas entre deux étages, ou ne regagne pas précipitamment les soubassements, sous les effets combinés d'une rupture de câble et de l'attraction terrestre, se pose en alternative intéressante et généralement préférable à l'escalier, il n'en est pas pour autant dépourvu de défauts.

Défauts au nombre desquels on notera tout particulièrement, l'intérêt excessif que l'on peut prendre durant le trajet à la contemplation de ses pieds (avec l'air ravi de qui découvre l'existence jusque là insoupçonnée de la chaussure et des mille félicités qui ne manqueront pas d'en découler), ainsi que l'obligation de supporter une musique à l'insipidité cosmopolite, arrangée par un compulsif de la trille pâtissière, en proie aux manifestations exacerbées d'un délire violonisant libéré de toute entrave.

Ces raffinements mélomanes ne pouvant rester longtemps l'apanage d'un nombre restreint de privilégiés. La musique d'ascenseur, qui en s'affranchissant de son milieu originel est devenu un terme générique englobant la roucoulade internationale aux paroles à très faible teneur en matière grise, se rencontre maintenant, à défaut de s'écouter, dans les espaces publics à vocation marchande.

Tout ça pour dire que la musique d'ascenseur n'est pas une fatalité ou le produit d'un fugitif hasard, mais si j'en crois ce que me chuchote le varan pédonculé qui lit par dessus mon épaule, le résultat d'une machination, d'un complot patiemment ourdi dans l'ombre complice où ils se tapissent, par des êtres venus sur Terre (probablement en ascenseur), il y a très, très longtemps de cela, alors que l'idée d'user de fémur de mammouth violemment asséné à des fins dialectiques sur le crâne du contradicteur, n'avait pas encore effleuré l'esprit taquin du préhominien.

C'est plongé dans la délicate opération consistant à faire coïncider le cours de l'euro avec celui du petit pois en boîte, que j'ai entendu ce qui est probablement la chanson aux paroles les plus grotesques jamais écrite.
A côté de ça c'est bien simple, " La pêche aux moules " est une somme philosophique à la rigueur kantienne, telle qu'il ne s'en produit pas plus d'une par millénaire. Je veux parler de " Joe le taxi ", miaulé par un avatar de Betty Boop acidulé : Vanessa paradis.

Déjà il faut que je vous dise, Vanessi Sparadrap, elle me terrorise, tellement elle ne fait pas vrai. On dirait une femme en réduction, une poupée d'autrefois. De celles qui faisaient entendre un vagissement et dont les yeux de porcelaine se fermaient lorsqu'on l'inclinait.
On s'effrayerait à moins, vous en conviendrez avec moi.

Le problème avec les calamités, c'est qu'elles ont pour fâcheuse habitude de se manifester en rafales.
Devinez sur qui je suis tombé, alors que de retour chez moi j'allumais la télévision ?
Loana Albuplast en personne, qui déclarait à un présentateur, aux yeux de homard tout emplis d'humidité compassionnelle empathique, que le but de son existence était la maternité.
Devinez qui faisait la couverture d'un hebdo télé ?
Stéphanie Tricostéril, toujours elle.

Une fois c'est barbant, deux fois c'est pénible, trois fois c'est de la persécution.
J'ai donc décidé de regarder de plus près les paroles de Djo le taxi. Après tout, il s'y cachait peut-être sous une apparence sibylline, un message prémonitoire.
A l'instar des prédictions de Nostradamus qui annoncèrent, comme on le voit très clairement ici :
" Pav, Nay, Loron plus feu qu'à sang fera,
Laude nager, fuir grand aux surrez:
Les agassas entree refusera,
Pampon, Durance les tiendra enserez "
Napoléon, la bataille de la Marne, Hitler et une crevaison qui survint un soir de décembre de l'année dernière, alors que je circulais en voiture entre Moucharat-sur-Gueugnon et La Marolle-lez-Esgourdes.
Ce n'est pas très loin de Chamougnat, pour ceux qui connaissent un peu le coin.

Il fallait que je vérifie. D'abord, parce que j'ai avec les taxis des relations inamicales nées d'expériences hasardeuses dans les rues parisiennes. Notamment avec un chauffeur particulier, dont je ne serais pas étonné du tout qu'il se prénommât Djo.
En tout cas il avait une tête à ça.

Ensuite, parce que l'idée que d'un cerveau humain, aient pu sortir pour rien, des paroles si niaises qu'elles plongeraient dans une hilarité incoercible et très certainement mortelle, n'importe quel organisme au système cognitif à peine plus évolué que celui d'une amibe, si on venait à les lui faire entendre, n'est pas envisageable sans révisions majeures de son système de valeurs.
Donc, Djo le taxi a une signification. Que je découvris enfin, après être venu à bout de douze litres de café et d'une pleine boîte de ces petites gélules colorées, qui vous donnent un tonus d'enfer.

Au fond ça n'est pas bien compliqué. Pour que le texte prenne tout son sens, il suffit de le recopier à l'envers en cunéiformes sur du parchemin en véritable peau de licorne. Placer ce parchemin sur un lutrin en bois de Trougnul bleu d'Aldebaran (un bois assez rare), faisant un angle de 14,298563 degrés avec la deuxième lune située à la sortie nord de l'amas du Centaure. Le faire lire par une vierge, née un 29 février de parents albinos et monégasques, alors que Vénus entrait dans la quatrième maison de Jupiter.

On y apprend alors, que :
- Jimi Hendrix, Elvis Presley et Jim Morrison, ne sont pas morts, mais vivent tranquillement sur une île dont la position, tenue secrète, n'est connue que de quelques initiés opérants dans les hautes couches de la CIA.
- Qu'on est un tas de gros nazes assurant la fortune de guignols qui écrivent des chansons stupides aux paroles idiotes.
- Qu'en 2005 de notre ère viendra le règne du grand Ascenseur qui anéantira l'homme, aidé d'une armée de photocopieurs mutants.

Pour dire les choses franchement je n'ai pas été surpris par les deux premiers points, ça je le savais déjà.
Le troisième a vrai dire ne m'a pas non plus étonné plus que ça. Je m'attendais à quelque chose de cette sorte, mais je pensais que le danger viendrait plutôt des emballages de CD.

Pour en avoir le coeur net je suis allé vérifier, l'air de rien, auprès d'un ascenseur. Devinez ce qu'il y avait inscrit, près de la porte du premier que j'ai trouvé ?
En cas de dérangement (notez l'usage du terme dérangement) appelez le 666.

Si ça, n'est pas une preuve de ce qui se trame à notre insu, je ne sais pas ce qu'il faut pour vous sortir de votre torpeur. Alors vous faites comme vous le sentez, mais moi le prochain ascenseur que je rencontre, je le descend.
Je lui explose sa mère, vite fait bien fait. Ce sera lui ou moi, faut pas me chercher.

MachiN