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Burnes-sur-Yvette (Ile-de-France) envoyé spécial
l
remonte l'avenue du Général De Gaulle sur ses deux petites jambes
maigrelettes. C'est un
pirate en short et en tongues. Après une petite annonce dans Paris
Boum-Boum et 3 appels sur son Tatoo, voilà enfin Lordz of Darkness, hacker français de
23
ans expatrié à Burnes-sur-Yvette. C'est un homme
traqué. Par sa mère Marie-Simone. Il vit dans l'anonymat le plus
complet chez sa grand-mère Madeleine Leboulet 18 impasse des coquelicots
à Burnes-Sur-Yvette (téléphone 01 67 89 08 12, mailto: mleboulet@wanadoo.fr).
Son dernier coup de canif ? Sa signature et ses fameuses têtes de
mort en flammes déposées
en décembre dernier sur le site web (www.monpognon.tm.fr) de
Monsieur Monpognon, expert-comptable à Marcelles-sous-Bois: «Hacked
by Lordz of Darkness. Contre le Grand Kapital, vive l'Anarchy» Juste quelques mots. Pour signaler qu'il a pu violer le système,
depuis la salle multimédia du CDI du Lycée Patrick Sabatier à
Garges-Les-Groniasses. Lordz n'a rien d'un crack ( ndlr c'est le moins
que l'on puisse dire), c'est un pirate ordinaire.
«Pour certains, je suis même un con, ce qui est vraiment une
insulte dans le milieu... euh en dehors aussi d'ailleurs», concède-t-il.
Jardin d'enfants. On le suit dans un petit appartement à quelques
mètres du centre-commercial. Des Playmobils désossés sur le sol, une affiche
de Nicolas Sarkozy,
une autre des Razmokets. Quelques Fantas orange l'aident à
se souvenir. «A 19 ans, mon père m'a botté le cul pour que
j'arrête les Playmobils» Il se met à l'informatique avec
"Electronic Quizz" de Bandaï. Très vite, il
comprend qu'il faut l'allumer pour que ça marche.
Il commence à explorer son nouveau jouet en détail, les copains passent
à la maison pour se foutre de lui. En 1996, il découvre
l'Internet en cours de travaux manuels à l'IMPP( institut
médico-psycho-pédagogique). Et
les sites avec des têtes de mort. Des pages et des pages où
des têtes de mort de toutes sortes tournent avec les yeux en flamme. Et où
sont fournis les logiciels pour faire des têtes de mort en
flamme. Ses premières expérimentations
commencent. «L'IMPP était fermé pour les vacances et
j'avais oublié que c'était les vacances, raconte-t-il. Pour
protester à ma manière,
j'ai utilisé un truc qui s'appelle "Tête de mort
Generator", qui a affiché une tête de mort en flamme sur le PC
de l'orthophoniste.» Sans but précis, juste «par
curiosité, pour voir si c'était joli». Lordz s'emballe. Découvre
les fonds de page noirs, le langage des c0wb0yz. Pour les fautes
d'orthographe, il a déjà d'énormes dispositions.
Tout à l'égout. «Je me suis trouvé un
mantor menteur mentor», confie-t-il,
très sérieux, à quatre pattes sur la moquette pour chercher
une tête de Playmobil. «Quelqu'un qui m'a guidé, m'a expliqué ce qu'était
le gif animé.» En 1997, Lordz tombe dans une
bouche d'égout restée ouverte qu'il n'avait pas vue, rue des Acacias.
Il découvre alors le milieu underground. Lordz s'énerve: «Je
ne voulais pas être envahi par les rats.» Il décide de
s'attaquer au site de la voirie, hébergé par l'un des grands fournisseurs d'accès
des Ybelines-Sud. Plutôt que de viser directement les écrans de
l'hébergeur,
il opte pour le total life engineering, une des méthodes favorites des
Lordz, qui consiste à «prendre un cdd de 15 ans dans
l'entreprise à pirater plutôt que de s'embrouiller la tête à
apprendre des trucs, précise-t-il. Passer
des portes, ce n'est pas la peine d'être bon en technique, il
suffit de posséder
la bonne dose de connerie». Une relation de Madame
Leboulet à la mairie (Jérôme Moudut, son amant) lui donne un coup de
piston ("Avec Marie-Simone, je suis pas à un coup de piston
près.." avait-il finement plaisanté) et
Lordz est dans la place : Lordz obtient un emploi jeune à la mairie
de Garges-les-Mimosas, clé magique pour découvrir le
milieu underground. Manque de chance Lordz est affecté à l'unité
moto-crottes et pas au service des égouts. Il affiche par dépit sur
sa moto-crotte un autocollant tête de mort . «Le type
de l'entretien l'a mal pris, il a gueulé
auprès du responsable.» Lordz ne contrôle
plus rien. Il a basculé dans la rebelle attitude. L'irrémédiable
est accompli lorsqu'il refuse de finir son Flanby le 18 août
1998. Sa mère s'énerve, son père suit. La menace se précise. «J'ai
carrément flippé, se souvient Lordz, je me suis cassé.»
Destination: Burnes-Sur-Yvette, son super-inter-mammouth-géant, son bowling «la
ville de banlieue où il y a le
plus de filles et de voitures trop maquillées». Et des boulots
pour ceux qui savent conduire une moto-crotte.
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«C'est un peu comme dans
"Austin Power", il y a le bon côté et le mauvais
côté de la connerie. Je m'étais laissé aspirer par le mauvais
côté. Je n'ai pas eu à le regretter.»
Lordz
of D.
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«C'est un peu comme dans Austin Power, hasarde Lordz,
il y a le bon côté et le mauvais côté
de la connerie. Là,
je m'étais laissé aspirer par le mauvais côté. Je
n'ai pas eu à le regretter.»
Le côté toc du hacking. Désœuvrement, envie de faire
chier le monde, illusion sur le petit génie informatique : les Jean-Kevin
ordinaires, en déchiffrant difficilement les guides de neuneus,
sur le piratage informatique, prolifèrent. Nul besoin d'être
un sorcier, il suffit d'être désœuvré et un peu con. «Les
pirates informatiques sont de sombres crétins, écrit
Jean-Pascal Gemetouche, dans un livre à paraître
sur la cyberconnerie(1). Aujourd'hui, ils n'ont peur de rien : la
presse en fait des héros, ils ne se sentent plus pisser.» Le
piratage se démocratise,
et un simple trou de balle inculte, comme Lordz, peut emmerder
prodigieusement le monde. Lordz assure vouloir emmerder un
maximum de monde. Il espère rééditer quelques intrusions
avec de grandes conséquences mondiales, comme celle du
site de la charcuterie "La tripe à l'air libre" de
Morne-La-Coquette. «J'aimerais
bien pirater aussi le site de la mairie de Saint-Edern-En-Blaireux, dit-il. Je mettrais un photomontage
du maire avec une tête de mort sur la page d'accueil. Mort de rire !» Décidé à
rentrer à Garges-Les-Mimosas «dès que possible»,
Lordz ne compte lâcher ni les Playmobils, ni les moto-crottes, ni
l'informatique. Il aimerait même, pourquoi pas, «passer
de l'autre côté et bosser dans la sécurité des systèmes
embarqués sur moto-crottes... ou les Playmobils».
(1) La cyberconnerie une menace pour l'internet, éditions
Marche à l'ombre, à paraître dès qu'il sera terminé.
Un site où trouver des informations sur la cyberconnerie
baptisé «ZipiZ» |