PORTRAITS

Lordz of Darkness, 23 ans, hacker français, s'est exilé à Burnes-sur-Yvette  par crainte de punitions maternelles après son refus de finir son Flanby.

Histoire d'un
Jean-Kevin ordinaire

Par Zipiz

Le 20 août 1999



Lordz s'emmerde prodigieusement dans la vie alors il s'invente une vie pleine d'aventures en hackant..


  Burnes-sur-Yvette (Ile-de-France) envoyé spécial

l remonte l'avenue du Général De Gaulle sur ses deux petites jambes maigrelettes. C'est un pirate en short et en tongues. Après  une petite annonce dans Paris Boum-Boum et 3 appels sur son  Tatoo, voilà enfin Lordz of Darkness, hacker français de 23 ans expatrié à Burnes-sur-Yvette. C'est un homme traqué. Par sa mère Marie-Simone. Il vit dans l'anonymat le plus complet chez sa grand-mère Madeleine Leboulet 18 impasse des coquelicots à Burnes-Sur-Yvette (téléphone 01 67 89 08 12, mailto: mleboulet@wanadoo.fr). Son dernier coup de canif ? Sa signature  et ses fameuses têtes de mort en flammes déposées en décembre dernier sur le site web (www.monpognon.tm.fr) de Monsieur Monpognon, expert-comptable à Marcelles-sous-Bois: «Hacked by Lordz of Darkness. Contre le Grand Kapital, vive l'Anarchy» Juste quelques mots. Pour signaler qu'il a pu violer le système, depuis la salle multimédia du CDI du Lycée Patrick Sabatier à Garges-Les-Groniasses. Lordz n'a rien d'un crack ( ndlr c'est le moins que l'on puisse dire), c'est un pirate ordinaire. «Pour certains, je suis même un con, ce qui est vraiment une insulte dans le milieu... euh en dehors aussi d'ailleurs», concède-t-il. 

Jardin d'enfants. On le suit dans un petit appartement à quelques mètres du centre-commercial. Des Playmobils désossés sur le sol, une affiche de Nicolas Sarkozy, une autre des Razmokets. Quelques Fantas orange l'aident à se souvenir. «A 19 ans, mon père m'a botté le cul pour que j'arrête les Playmobils» Il se met à l'informatique avec "Electronic Quizz" de Bandaï. Très vite, il comprend qu'il faut l'allumer pour que ça marche. Il commence à explorer son nouveau jouet en détail, les copains passent à la maison pour se foutre de lui. En 1996, il découvre l'Internet en cours de travaux manuels à l'IMPP( institut médico-psycho-pédagogique). Et les sites avec des têtes de mort. Des pages et des pages où des têtes de mort de toutes sortes tournent avec les yeux en flamme. Et où sont fournis les logiciels pour faire des têtes de mort en flamme. Ses premières expérimentations commencent. «L'IMPP était fermé pour les vacances et j'avais oublié que c'était les vacances, raconte-t-il. Pour protester à ma manière, j'ai utilisé un truc qui s'appelle "Tête de mort Generator", qui a affiché une tête de mort en flamme sur le PC de l'orthophoniste.» Sans but précis, juste «par curiosité, pour voir si c'était joli». Lordz s'emballe. Découvre les fonds de page noirs, le langage des c0wb0yz. Pour les fautes d'orthographe, il a déjà d'énormes dispositions.

Tout à l'égout. «Je me suis trouvé un mantor menteur  mentor», confie-t-il, très sérieux, à quatre pattes sur la moquette pour chercher une tête de Playmobil. «Quelqu'un qui m'a guidé, m'a expliqué ce qu'était le gif animé.» En 1997, Lordz tombe dans une bouche d'égout restée ouverte qu'il n'avait pas vue, rue des Acacias. Il découvre alors le milieu underground. Lordz s'énerve: «Je ne voulais pas être envahi par les rats.» Il décide de s'attaquer au site de la voirie, hébergé par l'un des grands fournisseurs d'accès des Ybelines-Sud. Plutôt que de viser directement les écrans de l'hébergeur, il opte pour le total life engineering, une des méthodes favorites des Lordz, qui consiste à «prendre un cdd de 15 ans dans l'entreprise à pirater plutôt que de s'embrouiller la tête à apprendre des trucs, précise-t-il. Passer des portes, ce n'est pas la peine d'être bon en technique, il suffit de posséder la bonne dose de connerie». Une relation de Madame Leboulet à la mairie (Jérôme Moudut, son amant) lui donne un coup de piston ("Avec Marie-Simone, je suis pas à un coup de piston près.." avait-il finement plaisanté) et Lordz est dans la place : Lordz obtient un emploi jeune à la mairie de  Garges-les-Mimosas, clé magique pour découvrir le milieu underground. Manque de chance Lordz est affecté à l'unité moto-crottes et pas au service des égouts. Il affiche par dépit sur sa moto-crotte un autocollant  tête de mort . «Le type de l'entretien l'a mal pris, il a gueulé auprès du responsable.» Lordz ne contrôle plus rien. Il a basculé dans la rebelle attitude. L'irrémédiable est accompli lorsqu'il refuse de finir son Flanby le 18 août  1998. Sa mère s'énerve, son père suit. La menace se précise. «J'ai carrément flippé, se souvient Lordz, je me suis cassé.» Destination: Burnes-Sur-Yvette, son super-inter-mammouth-géant, son bowling «la ville de banlieue où il y a le plus de filles et de voitures trop maquillées». Et des boulots  pour ceux qui savent conduire une moto-crotte.

«C'est un peu comme dans "Austin Power", il y a le bon côté et le mauvais côté de la connerie. Je m'étais laissé aspirer par le mauvais côté. Je n'ai pas eu à le regretter.»

Lordz of D.

«C'est un peu comme dans Austin Power, hasarde Lordz, il y a le bon côté et le mauvais côté de la connerie. Là, je m'étais laissé aspirer par le mauvais côté. Je n'ai pas eu à le  regretter.»

Le côté toc du hacking. Désœuvrement, envie de faire chier le monde, illusion sur le petit génie informatique : les Jean-Kevin ordinaires, en déchiffrant difficilement les guides de neuneus,  sur le piratage informatique, prolifèrent. Nul besoin d'être un sorcier, il suffit d'être désœuvré et un peu con. «Les  pirates informatiques sont de sombres crétins, écrit Jean-Pascal Gemetouche, dans un livre à paraître sur la cyberconnerie(1). Aujourd'hui, ils n'ont peur de rien : la presse en fait des héros, ils ne se sentent plus pisser.» Le piratage  se démocratise, et un simple trou de balle inculte, comme Lordz, peut emmerder prodigieusement le monde.  Lordz assure vouloir emmerder un maximum de monde. Il espère rééditer quelques intrusions avec de grandes conséquences mondiales, comme celle du site  de la charcuterie "La tripe à l'air libre" de Morne-La-Coquette. «J'aimerais bien pirater aussi le site de la mairie de Saint-Edern-En-Blaireux, dit-il. Je mettrais un photomontage du maire avec une tête de mort sur la page d'accueil. Mort de rire !» Décidé à rentrer à Garges-Les-Mimosas «dès que possible», Lordz ne compte lâcher ni les Playmobils, ni les moto-crottes, ni l'informatique. Il aimerait même, pourquoi pas, «passer de l'autre côté et bosser dans la sécurité des systèmes embarqués sur moto-crottes... ou les Playmobils».

(1) La cyberconnerie une menace pour l'internet, éditions Marche à l'ombre, à paraître dès qu'il sera terminé.

Un site où trouver des informations sur la cyberconnerie baptisé «ZipiZ»

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