Les éditos de ZipiZ
retour homepage
censure, auto-censure, manipulation, auto-manipulation, complaisance et auto-complaisance

Je dois vous avouer qu'à la lecture du papier de Libé sur les carences sécuritaires des modems ADSL d'Alcatel découvertes par Shimomura, mon cerveau s'est immédiatement mis en mode méfiant. Un journal français dans les petits papiers du hacker le plus médiatisé du siècle dernier au point de recevoir un scoop avant la publication de l'advisory, y'avait de quoi laisser songeur. Sans partager la paranoïa des adeptes de la théorie du complot (La NSA dans ton frigo), il venait immédiatement à l'esprit que la stature du personnage et la nature de la société en question  allait provoquer un branle-bas (non plus haut s'il te plait) de combat pas très favorable à l'image d'Alcatel. En effet si Mister John Smith de thrifouillys-the-baths en Caroline de l'Ouest avait sorti ce truc, son papier serait passé inaperçu ou aurait connu dans le meilleur des cas la publicité des dizaines d'advisories mensuelles qui dénoncent des failles sécuritaires du même tonneau. Les bugs du logiciel de DNS Bind mettaient bien plus en danger l'intégrité des transmissions sur Internet et ça n'a pas fait une double page chez Libé. 
L'affaire a pris une ampleur certaine parce qu'en lisant entre les lignes, le soupçon pesait sur cette entreprise de laisser une "porte d'accès par derrière" sur ces modems, laissant supposer que c'était justement la porte ouverte à un éventuel espionnage par des services que l'on dit secrets et en l'occurrence (2 c, 2r) français. C'était pas en toutes lettres mais c'est ce qu'il fallait comprendre, non ? Ou alors j'ai l'esprit hyper mal positionné. Ce qui n'est pas exclu non plus. D'ou tempête dans le verre à dent où trempait le bridge d'Alcatel. Sans être totalement naïf non plus, cette intention préparatoire à des turpitudes futures de la part d'Alcatel semble assez difficile à croire. Mais évidemment avec Shimomura gueule d'amour aux manettes, tout ça a d'autant plus de peps. Ca fleure bon le cyber-polar. Je pense que Spielberg est déjà sur le coup pour acheter les droits et  produire dans la foulée  "Shimomura, le retour de la revanche du serial modem killer". Surtout quand on connaît les relations ambiguës qu'a entretenues le hacker à roulettes (lui c'est vrai : il quitte pas ses rollers) avec les services américains au cours de l'affaire Mitnick. Bref sans faire de procès d'intention à quiconque, on pouvait légitimement se poser la question rituelle : à qui profite le crime ? Mais bon, ne jetons pas la pierre à Libé, un scoop comme ça coco ça ne se refuse pas. Question subsidiaire : "comment s'intitule le dossier spécial de cette semaine dans le nouvel obs ?" Réponse.

Ceci étant dit, tout ça amène à une réflexion plus globale sur la rançon de la publication en général et du scoop en particulier. Cette réflexion n'est pas nouvelle mais c'est l'occasion de repasser les plats où on met les pieds. Même les webzines à la con à la ZipiZ reçoivent quotidiennement des messages d'information sur des sociétés, des défauts de sécurité, des égarements e-coupables... Il est nécessaire de faire le tri avec plusieurs filtres. La rançon du scoop est souvent versée en monnaies non convertibles : la manipulation et la compromission. Mon dieu (notez la micuscule, je suis agnostique), ZipiZ, que sont ces mots dans ta bouche ? Hé oui, derrière chaque message il y a une intention. Bien souvent de nuire. Par vengeance, intérêt concurrentiel, animosité quelconque, que sais-je encore ? Il convient donc de faire la part des choses. Publie-je ou ne publie-je pas ? Sachant qu'en publiant je sers les intérêts des uns en desservant ceux des autres. La "légitimité" et la pertinence de l'information sont-elles suffisantes pour faire abstraction de l'intention de la source ? Et la décision se fait en toute subjectivité à l'aune des sympathies et des inimitiés personnelles.  Les webzines ont toujours l'excuse bateau du caractère non-professionnel et non-rémunéré de la publication. Ils peuvent donc faire l'économie d'une déontologie. Oui mais. Il n'empêche : l'info peut-être reprise et amplifiée par des canaux plus visibles atteignant par là l'objectif initial de l'expéditeur. C'est évidemment le cas pour toute information. Mais un webzine a très peu de capacité et de moyens d'investigation en dehors du net. Il est donc souvent limité dans la recherche de l'information et celle-ci est souvent issue d'une autre source. Et certaines sources ont une eau plus trouble que les rivières bretonnes nitratées par les usines à cochons.  Au visiteur de comprendre non seulement  la totale subjectivité de tout ce qui est publié en ligne (plus encore qu'ailleurs) et que ça n'est jamais toute la vérité, rien que la vérité. Mais pour ça, visiteur de ZipiZ, je te fais confiance. (Zipiz total démago ndlr)

ZipiZ