Les éditos de ZipiZ
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Absence de Mobile

Je suis un grand naïf. La candeur qui caractérise une post-adolescence qui se prolonge au delà de la date limite de péremption me joue souvent de très vilains tours (changer à Saint Pierre des Corps). Je vais vous narrer de ce pas et par le menu la fable des voleurs, du mobile et de l'abruti (rôle de composition que, néanmoins, je me fais fort d'interpréter à la perfection)

Un sournois me vola mon téléphone portable. Je réagis aussitôt par un prompt coup de fil à l'opérateur gentil afin que le malfaisant n'explose point mon quota d'appels et ne m'expédie sur la paille à force de communications extra-forfaitaires. J'avais ouï dire que l'imparable parade consistait à conserver précieusement par-devers soi son code IMEI et dès la disparition du mobile (le vol du mobile étant le mobile du vol) de le communiquer à l'opérateur adoré pour qu'il en fasse bon usage (ie qu'il empêche cet enfoiré de voleur d'utiliser mon portable à moi). O IMEI chéri, sésame verrouilleur d'appareil, invalidant à jamais l'utilisation d'icelui sur les fréquences des opérateurs aimables. Je m'empressai donc de le transmettre, après avoir narré mes mésaventures et pleurniché sans pudeur ni retenue sur la dureté de cette société criminogène auprès d'une opératrice pressée qui visiblement s'en battait le double menton. Quelle ne fut pas ma surprise de me faire envoyer sur les roses par cette accorte demoiselle à moustaches (ça s'entendait, je vous l'assure). Elle me signifia sans ménagement ni aménité qu'elle ne pouvait rien faire de la sorte même si dans un improbable moment d'égarement elle eût la tentation de satisfaire mon désir vengeur. Tout cela étant d'après son avis d'experte ès GSM du strict ressort des forces de police seules habilitées à obtenir ce service castrateur d'appareils innocents de la part du " constructeur " du mobile. Et de sentir dans sa voix de matrone hormonalement pertubée par les premiers frémissements d'une inéluctable ménopause comme une sourde hostilité à mon égard, hostilité due à cette vaine et sournoise tentative d'interdire mesquinement à mon voleur nécessiteux d'utiliser mon cher (très cher) téléphone. Tout empêché de me venger par l'invalidation de l'appareil à moi dérobé, je m'enquis donc de ce que je devais faire pour éviter au moins que le malfaiteur n'en profite pour utiliser mon forfait et plus si affinités en wappant comme un malade. Cela se résumait à une opposition sur ma carte SIM. Soit. Ainsi fut-il fait. Je devais aussi, bien sûr, continuer à assumer cette terrible maladresse qui me conduisit à me faire dépouiller et à expier ma faute en continuant à me faire prélever le montant de mon abonnement mensuel, rançon amplement justifiée de mon inconscience congénitale (excuse-moi maman). Elle me proposa cependant et généreusement, dans un geste d'une magnanimité qui me surprit, de me transférer à la " fidélisation ", seul service habilité à traiter ce douloureux problème de perte de moyen de consommer son forfait. L'aimable jeune femme revêche préposée à la fidélisation de l'abonné potentiellement volage me proposa, afin que ce forfait ne fut pas versé à perte, de me revendre un appareil bas de gamme de 3kg500 à 390 F si je m'engageais en contrepartie sur l'honneur à rempiler pour 2 ans et à réciter 2 ave et 3 pater (ça c'est pas vrai mais c'était l 'esprit). 

Dans un éclair de lucidité qui surprend encore mes proches, je compris à cet instant à qui ce crime odieux profitait et pourquoi cette parade définitive contre le vol qu'est le verrouillage des portables ne serait jamais d'actualité chez cet opérateur et d'autres. Bon sang mais c'est bien sûr : le vol est tout bénéfice pour eux. Le voleur fera un consommateur supplémentaire sans efforts marketing superflus, sans publipostage papivorace, sans 4 par 3 dénudés, sans spots terroristo-publicitaires, sans boutiques luxueuses et savamment mises en lumière dans les quartiers chics, sans pas-de-porte miséreux et néonnés dans les quartiers chocs, sans hôtesses ras-le-trésor, sans commerciaux arrogants grassement commissionnés. En un mot comme en cent : le voleur est LE CLIENT PARFAIT pour un opérateur et le volé, a son corps défendant, le meilleur intermédiaire commercial. 
Le malfaiteur mobilophile leur permet de gagner sur tous les tableaux : d'un côté un nouveau consommateur de forfait (c'est en l'occurrence le terme adéquat), de l'autre le dépouillé enchaîné pour 24 mois supplémentaires raquant en plus au prix fort un nouvel appareil sous le couvert d'une absolution bien venue. S'il refuse, tant pire : c'est tout bénef. Il continuera à verser sa dîme alors qu'il ne consomme plus le coûteux réseau GSM. Cornecul. C'est le Business Modèle béton, la perfection commerciale, l'ultime avatar du cochon de payant. Je serais un garçon sanguin et excessif (ce qui n'est pas le cas je vous rassure) je serais à deux doigts de les accuser de complicité de vol organisé. Si les opérateurs prenaient la peine d'enregistrer l'IMEI lors de la souscription, le verrouillage de tout mobile volé serait quasi-immédiat voire instantané comme l'ami du petit des Jeunet. Et il y aurait fort à parier que cette activité délictueuse terriblement banale aujourd'hui disparaîtrait totalement de la surface de la France.
Mais un volé représente de toute évidence l'idéal-type du consommateur parfait pour nos opérateurs : il parraine son voleur, rachète un appareil à un prix plus élevé et rempile pour deux ans. Le rêve.
Excusez-moi, je m'absente pour vomir.

ZipiZ