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Le linux habens
Nous allons nous intéresser aujourd'hui à une vermine dont la prolifération inquiétante réclame une connaissance approfondie afin d'envisager les moyens les plus appropriés à son éradication. Il
s'agit du linux habens, un redoutable parasite, qui a trouvé dans la proximité des ordinateurs, avec leurs enchevêtrements de câbles, leurs
claviers aux touches poisseuses, la chaleur constante qui émane des unités centrales et la phosphorescence blafarde des moniteurs, un
environnement idéal à sa multiplication.
C'est une forme de vie végétative, très fruste, dotée d'un système cérébral primitif, réduit à sa plus simple expression, bineuronal,
bistable commuté blanc/noir oui/non allumé/éteint, quoique plus souvent éteint qu'allumé. Pour rudimentaire que soit ce système il
n'en est pas moins largement suffisant à assurer l'ersatz de pensée articulée qui monopolise l'essentiel de ses maigres ressources
intellectuelles, et qui est presque entièrement constituée d'autosatisfaction ainsi que d'une croyance inébranlable en sa
supériorité.
Cependant la conscience larvée de son insignifiance profonde quoique profondément enfouie en lui, l'amène au moyen d'un mécanisme de
surcompensation assez bien décrit par A. Glutzenbaum dans son livre "Anatomie du Rien " (PUF - 1987) à manifester à tout propos une
intolérance aussi agressive que spontanée et à tel point remarquable qu'on surnomme fréquemment le linux habens, Torquemada d'opérette ou
ayatollah de bazar.
Une vacuité totale associée à un manque de discernement provoqué par l'absence d'état transitionnel, qui est rappelons le brièvement, une
conséquence directe de sa nature bistable, perturbe profondément son sens des valeurs et le conduit à prendre un vulgaire système
d'exploitation pour un mode de vie doublé d'un système philosophique.
Il s'agit cependant d'un moindre mal, les cas les plus graves sombrant irrémédiablement dans une fantasmagorie à caractère
paranoïdo-schizoïdale caractérisée par des crises de délire aiguë pendant lesquelles le sujet se prend pour un héroïque résistant en lutte contre des forces innombrables à la solde d'un oppresseur
totalitaire et omniprésent auquel il donne le nom de Windaube.
En proie à de fréquentes hallucinations toujours accompagnées de délire de la persécution il voit partout ce qu'il appelle des
neuneus. Cette obsession à caractère monomaniaque trouve vraisemblablement ses racines dans le refoulement d'une image de soi qu'il projette sur les autres pour tenter vainement d'exorciser sa
nature profonde. Peu familier du freudisme des tréfonds nous nous abstiendrons donc de
pousser plus avant la description de troubles psychiques réclamant l'intervention impérative d'un psychiatre familier de ces pathologies
lourdes en phase terminale.
Un sectarisme profond séquelle des états hallucinatoires précédemment décrits l'amène à accorder une foi aveugle ainsi qu'un intérêt
parfaitement démesuré à l'expression par un parfait crétin de sottises émises au moyen d'un outil dûment approuvé par son comité d'éthique, à
l'exclusion de toute autre forme d'expression..
Il communique avec ses semblables au moyen d'un langage rudimentaire au contenu sémantique nul mais amplement suffisant compte tenu de la
faiblesse intrinsèque du message qu'il véhicule. Ce langage est principalement composé de métatermes dont un revient systématiquement,
il s'agit du terme " luser ", censé rendre compte de tout, personne ou situation échappant à son très faible entendement
Il manifeste parfois bruyamment une joie difficilement compréhensible pour l'observateur et en laquelle certains théoriciens avancés ont
voulu y voir l'expression d'un embryon de sens de l'humour. Sens de l'humour s'exerçant généralement au détriment du luser qui ne sait pas
que c'est le kernel 2.0.4.248. révision A23.B qui prend en charge les cartes accélératrices turbo-speed et non le kernel 2.0.4.248. révision
A23.A. Nous laisserons cependant au théoricien avancé la responsabilité de ses hypothèses.
On ne connaît rien de ses moeurs sexuelles et il semble préférable de penser qu'il n'en a pas, à moins que l'on admette pour manifestation
sexuée une tendance certaine à l'onanisme qui fait de lui un parfait branleur . Son mode de reproduction reste inconnu, on préfère penser
qu'il apparaît spontanément, car l'hypothèse qu'il puisse exister une femelle de la race avec laquelle il pourrait copuler et reproduire est
bien trop effrayante pour être prise en compte.
Comme on le voit au terme de cette brève description le linux habens est une vermine nuisible, un parasite à classer dans la même famille
que les cafards ou les punaises mais qu'il s'agit là d'une espèce déviante, un avatar aussi néfaste qu'improbable du linuxien commun qui
lui est un animal charmant quoique un peu timide vivant paisiblement à l'écart du bruit et des nuisances occasionnées par son redoutable
cousin.
On constatera une fois de plus qu'à partir d'une même souche et dans des conditions d'existence identique la nature facétieuse peut
produire de lamentables abrutis ou des gens délicieux.
Un moyen efficace pour lutter contre le linux habens est de manifester à son encontre le plus grand des mépris. Un moyen radical pour s'en
débarrasser consiste à l'écraser sous le talon, on notera cependant qu'il est recommandé de le faire du pied gauche, puisque c'est censé
porter chance.
Dans une chronique prochaine nous nous intéresserons au programmeur Java, une autre variété de pénible, persuadé celui-ci d'avoir inventé
les bases de la programmation parce qu'il est incapable de manipuler un pointeur.
MachiN
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