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Nature, traditions,
tout ça
"Je m'appelle
Jules Bandol, Victor Riesling, Hubert Médoc ou bien Fernand
Chouchen, peu importe. Je n'habite pas, mais je vis, ici, là
et même ailleurs. Partout où l'on accole volontiers
à la géographie le qualificatif de profond.
On dit le monde alentour vaste, compliqué et plein d'autres
en constante augmentation. Ce monde je m'en contrefiche qui a
la politesse de s'arrêter aux frontières de mon
terroir, de mon pays ou de ma commune. Quant aux autres, qui
le peuplent en si grand nombre, que m'importent ces nègres
ou ces bougnoules, ces ritals ou ces rosbifs tant qu'ils restent
chez eux pour y vivre comme bon leur semble.
Moi je vis comme on a toujours vécu ici, selon les traditions.
Pourquoi faire autrement ? Les usages ont ceci de bon qu'ils
assignent sans ambiguïté une place à chaque
chose, un rôle à chacun.
Les traditions font les mioches respectueux et les femmes obéissantes,
elles vous mettent à l'abri des fadaises et des théories
de toute sorte qui voudraient que les choses ne soient jamais
ce qu'elles paraissent être. Les coutumes sont bonnes,
puisqu'elles sont anciennes ; d'ailleurs auraient-elles perdurées
si elles étaient mauvaises ? Évidemment non.
Je ne demande
rien d'autre que de vivre comme je l'ai toujours fait, célébrer
les choses vraies, manger de la nourriture qui tient au corps,
boire le gros qui tache, trousser la gueuse quand il le faut
et massacrer à l'occasion le volatile qui passe ou le
bestiau qui gambade.
Je n'ai pas changé, et ne changerai jamais, je n'en éprouve
nul besoin.
Et puis voilà
qu'un jour on m'a collé un pédé à
la mairie, ma mairie. Un type qui fait ça avec ses semblables,
et qui ne s'en cache même pas. Comment est-ce possible
? Comment peut-il exister des comportements si contraires aux mœurs naturelles ?
On ne va tout de même pas vivre au contact de gens qui
peuvent vous transmettre des maladies mortelles rien qu'en vous
toussant à la figure.
Alors nous lui avons montré qu'ici, chez nous, on ne tolère
pas ces gens et ces choses.
Nous avons fait en sorte qu'il comprenne très vite qu'il
est indésirable, que sa place n'est pas ici.
Bien sûr
on nous montre du doigt, on s'étonne, on fait semblant
de croire qu'ailleurs c'est différent. Les gens des villes
font les beaux esprits et les généreux à
bon compte, oubliant au passage que dans les métropoles
l'indifférence se travestit sous les habits de la tolérance.
L'indifférence qui fait que l'on est au mieux méprisé
de sa cage d'escalier, si les gens qui y vivent ont conscience
de l'existence d'autrui.
Mais ce n'est toujours pas eux qui me feront changer d'avis,
moi je n'ai de leçons à recevoir de personne, et
je sais que j'ai raison.
Je m'appelle
Jules Bandol, Victor Riesling, Hubert Médoc ou bien Fernand
Chouchen, et même Kevin Lemercier, peu importe car je suis
de partout, et guère différent de vous. Simplement
j'écoute plus attentivement que d'autres Cro-Magnon qui
en chacun de nous ne dort que d'un il, et qui toujours
serviable, soucieux de nous éviter ces états d'âmes
générateurs de migraines, chuchote des réponses
commodes aux questions dérangeantes que pose le monde
environnant.
Qu'importe mon nom et où je vis, je fais toujours un bon
usage de la massue que me tend fort obligeamment Neandertal ;
je l'assène avec générosité sur qui
ou quoi me dérange dans mes habitudes. Mieux vaut vivre
dans les certitudes qu'exister dans le doute."
MachiN |
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Tempête dans un verre de
ZipiZ.
On peut rire de tout mais pas
avec tout le monde disait le regretté Pierre Desproges. C'était il y a
longtemps, et c'était déjà vrai, mais on avait à l'époque moins
d'occasions de le dire qu'aujourd'hui, où par la grâce du politiquement
correct et de la langue de bois, se muant en clavier de même métal, il
devient quasi impossible d'évoquer les choses qui fâchent sans s'abriter
derrière le sérieux inattaquable de l'analyse plus ou moins sociologique.
Rire ne veut pas dire se moquer, faut-il rappeler qu'il est des rires
douloureux, ou simplement tristes qu'on peut être tenté d'utiliser de préférence
aux pleurs ?
J'ai comme tout un chacun lu, ici ou là dans la presse, l'histoire de ce
jeune élu que la bêtise quotidienne et l'intolérance, jointes à la méchanceté
ordinaire et à la mesquinerie ont forcé à se démettre de ses fonctions.
Il est homosexuel, grave crime, ou sinon crime, tare rédhibitoire en
apparence.
Non content de l'être il l'a avoué, après l'avoir longtemps caché
cependant pour protéger une paix illusoire. Si j'en crois la presse, il a
avoué en pensant que devant cet aveu, ses détracteurs, pour ne pas dire
plus, et les aimables corbeaux un peu désoeuvrés en ces périodes de calme
et travaillés par la frénésie épistolaire renonceraient à s'occuper de
lui avec une sollicitude dont il se passerait sans aucun doute. C'était
sous-estimer la puissance de la bêtise.
La lecture des journaux m'a empli de colère, une colère dont je ne me
croyais plus capable - avec le temps on fini par s'anesthésier - mais
surtout d'une tristesse diffuse causée par un sentiment d'impuissance
devant la sottise foncière. Devant la violence qui est faite à un être,
la pire qui se puisse faire dans nos sociétés plus policées que polies,
on nie à une personne le droit de vivre le plus intime de son existence
comme elle l'entend.
On ne le juge pas sur des actes qu'il a commis pour le bénéfice de tous
mais sur des préférences sexuelles qui ne devraient regarder que lui,
inutile d'en dire plus ou d'accoucher d'un plaidoyer de 400 pages pour
argumenter de ce fait, cela ne regarde que lui, point.
Alors non je ne constate pas avec une naïveté un peu simplette la méchanceté
du vaste monde environnant, mais il y a des jours ou on overdose sous la
connerie, et ça fâche.
Le combat contre la connerie est quotidien, il ne peut pas déboucher sur la
victoire c'est impossible - j'invite les doux rêveur ou les optimistes béats
à feuilleter un livre d'histoire, ou à se pencher d'un peu plus près sur
le siècle finissant, véritable best-of de la haine meurtrière, qui
contient en un raccourci saisissant, le meilleur de ce que peut donner
l'homme lorsqu'il est convenablement sollicité dans ses aspirations les
plus nobles, meurtres, tortures, et purifications de toutes sortes - on ne
peut vaincre la connerie on peut seulement la contenir dans des limites tolérables
Ma première réaction était de pondre une chronique énervée sur le
sujet, très premier degré, très sérieuse, tout ça, mais finalement j'ai
préféré faire usage de dérision. A chacun ses armes dans le combat
contre la bêtise à front de bœuf. Un combat dont je n'ai bien entendu pas
le monopole, ça va mieux en le disant.
J'ai donc mis dans la bouche
d'un bas de plafond quelconque, rien d'autre que les lieux communs et les préjugés
qui lui servent de viatique, de pensée et de philosophie. Des âneries sans
fond que nous avons tous entendues et qui sont proférées avec l'absence de
culpabilité de celui que jamais le doute n'effleurera, car il se sait dans
un bon droit avéré par les pratiques ancestrales.
A la relecture je me suis pourtant censuré et j'ai supprimé une partie des
horreurs que je lui prêtais, mais on ne prête qu'aux riches. Si vous
n'avez jamais entendu de telles stupidités, alors je vous envie car vous
n'avez pas fait votre service militaire et votre situation sociale vous
maintient à une confortable distance du quotidien.
Pour ma part, lors de
vacances lointaines, je me rappelle avoir ouïe d'un brave garçon à
l'accent rocailleux si pittoresque, tel qu'on l'entend dans le très sud
vraiment ouest , qu'il était facile de reconnaître les pédés, ils
louchaient et pleuraient quand on leur marchait sur les pieds. Ce qui
rendait la chasse qu'on leur faisait avec des manches de pioche les samedis
soirs d'ennui profond, plus aisée. Il vaut mieux effectivement ne pas se
tromper de gibier et remercier la providence qui désignait à l'ire
populaire le déviant, de façon si ostensible et si pratique. Il ne devait
pas faire bon être atteint de strabisme ou avoir des cors au pied
douloureux dans des chaussures un peu étroites en ce riant coin de douce
France. Quant à celui qui croyait dur comme fer à toutes ces fadaises il
avait dans les 14 ans, ce n'était qu'une chrysalide, on peut imaginer le
beau papillon qui s'en est échappé quelques années plus tard.
Un être qui m'est cher et qui est mon premier lecteur, m'avait prévenu que
cela risquait de choquer, d'être mal interprété, son avis judicieux le
plus souvent, m'importe, mais je pensais, assez innocemment finalement,
qu'il existait un contexte ZipiZ. Un contexte qui faisait que l'on avait pas
besoin de signalétique appuyée avant de passer une telle chronique. Faudra
que je relise ZipiZ d'un peu plus près, si ça se trouve c'est un repaire
de cryptos fachouillants, racistes et homophobes et je ne m'en serai pas
aperçu, ce que c'est que d'être distrait tout de même ! Enfin j'aurai au
moins tiré une morale de tout ça ; quand on est petit il faut écouter sa
maman et quand on est grand il faut écouter son épouse.
Cette chronique comporte sur
sa fin une ambiguïté en cela qu'elle semble renvoyer dos à dos les dénonciateurs
de la ville supposés vertueux et les affreux homophobes de la cambrousse
profonde, dans le plus beau style démerdez vous avec tout ceci. Ambiguïté
qui n'est qu'apparente. Même si je ne doute pas une seule seconde de la
sincérité de ceux qui se sont indignés, il n'y a pas que dans les
campagnes verdoyantes que se tapi sournoisement l'homophobe.
Lors des manifestations contre la PACS à la tête desquelles on trouvait fréquemment
Sœur Confite en Anathèmes, Christine Boutin pour l'état civil, dans ces
manifestations aux remugles de bûcher, au parfum de pogrom, on y trouvait
beaucoup plus de gens propres sur eux, et sans doute en eux, que de
folkloreux à béret échappés de terroir.
Et puisque je suis lancé dans l'explication de texte à l'usage des mal
comprenant la " morale " ne voulait rien dire d'autre que sachons
aussi faire taire le primitif qui nous susurre dans le creux de l'oreille
des réponses à tout si commodes lorsque les choses se compliquent.
Il y avait un peu de tout en trop dans cette chronique. A l'avenir je ferai
plus simple, par exemple l'histoire du gentil nain Poupoune dans la forêt
magique. Ah oui, mais non, on ne peut pas dire cela ainsi, nain c'est dévalorisant.
Alors ce sera l'histoire de Poupoune personne à verticalité contrariée
dans la forêt magique, ou mieux tenez, l'histoire de Poupoune nain de
petite taille dans la forêt magique, ça devrait contenter toutes les âmes
généreuses, ça, nain de petite taille.
Mais je me demande si cela ne risque tout de même pas de choquer ?
Bon j'ai trouvé mieux. Du consensuel en béton.
Recette de la pâte à crêpes
Prenez 250 g de farine , mettez dans un saladier, cassez dessus 4 œufs,
incorporez les de façon à obtenir une pâte très épaisse que vous
diluerez progressivement avec un quart de litre de lait.
Ajouter un peu d'huile et laissez reposer avant de faire les crêpes.
Voilà, j'espère que cela ne
va pas m'attirer les critiques virulentes de ceux qui sont partisans
d'ajouter de la bière dans la pâte pour l'alléger ou de ceux qui sont
contre l'emploi de l'huile.
Je tiens cependant à préciser que je ne cautionne pas une seule minute le
sort qui est fait aux volailles en batterie que l'on oblige à pondre jusqu'à
ce que mort s'ensuive. Pas plus que le lobby des gros céréaliers qui s'en
mettent pleins les poches en empoisonnant la nature. Et encore bien moins
les multinationales productrices d'huiles de table qui se font de l'or avec
des cacahuètes achetées une poignées de queues de cerises à de pauvres
Africains.
MachiN
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