ILOVEYOU. Moi non plus.

 

En parcourant mon ZipiZ, je suis tombé par lien interposé, sur un éditorial de Roberto Di Cosmo, encore tout trémulant d'une vertueuse indignation consécutive à la vague d'amour électro-épistolaire, qui ces jours derniers, a un peu secoué la planète informatique en même temps que les heureux possesseurs de PC Microsoft Inside©.
Roberto Di Cosmo, c'est un peu le Jean-Paul Sartre de la cause linuxienne, noble conscience et caution intellectuelle des hordes de hardis pingouineux qui travaillent sans relâche à délivrer la planète de l'oppression microsoftienne.
Irréductible eskimo universitaire, entouré de volatiles polaires aux ailes atrophiées, il exhorte du fin fond de son igloo professoral, le TechnoCrétin au cerveau lessivé par la propagande des cybermarketoïdes Redmontistes, à bouter hors de son PC le cancer à fenêtres qui lui ronge la joie de vivre en même temps que les finances.

En attendant des lendemains heureux, où des aurores aux iridescences boréales illumineront une planète sur laquelle se sera étendue la banquise virtuelle, qui permettra enfin au gentil pingouin de folâtrer sans entraves, il s'indigne de la persistance suspecte des mauvais produits de l'ignoble Bill.

Je l'aime bien Roberto Di Cosmo, il déteste le Chapelier Fou à peu près autant que moi, ça crée des liens. Je l'aime bien, mais je suis un peu jaloux, parce que sa haine il peut la dire à la radio, dans les journaux et à la télé, devant un présentateur qui plisse les yeux de façon entendue et qui hoche la tête d'un air grave, pour faire croire qu'il a tout compris, alors qu'il ne fait que chercher de quelle manière, il va bien pouvoir exercer son droit de cuissage sur la petite stagiaire, aux dents aussi longues que les jambes, arrivée le matin même.

Je l'aime bien Roberto, mais je me demande si cette fois il n'aurait pas fumé un peu trop de câble de souris avant de l'écrire son papier. C'est la seule explication plausible, parce que s'il n'était pas sous l'emprise des substances psychotropes libérées par la lente combustion de la ficelle de mulot, il nous faudrait admettre que les questions qu'il pose sont stupides, et ça ce n'est certainement pas possible.
En attendant qu'il reprenne un peu ses esprits, voici modestement apportées, quelques éléments de réponses a ces questions et qui l'aideront peut-être à faire avancer le schmilblic, cher au papy Mougeot du regretté Coluche.

Le clic de la mort qui tue.
" Est-il normal que d'un simple clic de souris, on puisse exécuter un programme contenu dans un message électronique, là où la plupart des utilisateurs s'attendent à trouver un document ? "

On ne sait pas ce que veut dire normal dans un contexte informatique, mais c'est en tout cas très pratique de cliquer sur un fichier qui s'exécutera ou déclenchera le programme nécessaire à sa manipulation. Qu'on le fasse à partir de sa messagerie, plutôt qu'après l'avoir stocké sur son disque, ne paraît ni relever de l'anathème, ni constituer une preuve irréfutable de la médiocrité intrinsèque des windozeries diverses. Des preuves de cela il en existe des myriades, bien plus convaincantes.


Le programme psychopathe.
" Est-il normal que ce programme, dont on ne sait rien, ait le droit, sur un simple clic, de ravager l'ordinateur de l'utilisateur dans ses moindres recoins ? "

Qu'il vous ravage l'ordinateur, bien sûr que non. Pour le reste, personne ne s'est jamais amusé à compter les octets d'un exécutable que l'on pense connaître, pas plus qu'à le décompiler avec une calculette de poche pour savoir, si traîtreusement dissimulé sous un nom aussi anodin que son apparence, il vous veut vraiment du bien. Certes l'étendue des dégâts qu'il peut causer est directement proportionnelle à la " personnalité " de celui qui exécute et certes encore, tout le monde dispose et pour cause des privilèges du compte " root " sous windows, mais pas plus que ceux qui se connectent exclusivement sous cette identité, sur des systèmes dits alternatifs parce que ça fait burné.

La course aux antibiotiques.
" Est-il normal que l'on passe son temps à développer des ``anti-virus'' pour réparer les dégâts, plutôt qu'à déployer des techniques de prévention simples mais efficaces ? "

Idéalement les anti-virus sont là pour prévenir les dégâts, pas pour les réparer. Quant aux techniques de prévention, ont peut imaginer qu'elles puissent être efficaces, quant à être simples à mettre en œuvre, sans aller radicalement à l'encontre de la flexibilité et de la facilité d'utilisation qui font tout l'intérêt de l'informatique dite personnelle, il va falloir expliquer lentement, avec des mots de tous les jours comment cela pourrait être possible.
C'est vrai que l'on a jamais vu de terminal VT100 contaminé par quelque virus que ce soit. Alors ce pourrait être une solution ça, le retour au bon vieux time-sharing des familles à base de consoles connectées en asynchrone.

A la recherche de la coquecigrue ; le hacker modeste.
" Est-il normal qu'on ``oublie'' de mentionner que le prix de cet amour dévastateur est aujourd'hui payé exclusivement par les utilisateurs de logiciels Microsoft, alors que les utilisateurs de systèmes alternatifs comme Linux, FreeBSD, Solaris, Mac OS X, BeOS, etc. en sont en bonne partie protégés ? "

Sans aller jusqu'à dire qu'il fait preuve de la plus épaisse mauvaise foi en posant cette question ce cher Bob, il y aurait tout de même comme un air de famille, que ça ne surprendrait personne.
A moins qu'il ne méconnaisse profondément les motivations du ribelz ou du haqueur-de-la-mort. A quoi ça lui servirait au ribelz de pirater la caisse enregistreuse de l'épicerie-tabac-pompe à essence de Madame Germaine Chamougnat de Ploumazout-La-Plage, ou les douze utilisateurs de BeOS recensés de par le monde, si ces haut faits passeront même inaperçus de la rubrique chiens écrasés des canards locaux.
Aucun intérêt, ce qu'il veut lui le Jean-Kevin, c'est montrer à l'univers comme il est fort. Il veut poser en photo dans les journaux du monde entier au beau milieu de sa chambre encombrée d'écrans, aux murs tapissés de posters de Kevin Bitnik. Il veut raconter aux reporters fascinés par tant de génie précoce, comment " wouah hé trop simple ! " avec un modem de prisu, une machine montée en kit à même pas 800 MHz et vingt lignes de vbscript, il a fait trembler la planète sur ses bases en attaquant le système d'exploitation le plus répandu au monde.

 

La collusion des intérêts, ou comment on magouille dans notre dos.
" Est-il normal que des responsables informatiques continuent d'acheter les yeux fermés, et d'imposer à leurs utilisateurs, des logiciels monopolistes avec des tels défauts de sécurité, en ignorant les alternatives aujourd'hui disponibles ? "

Il se trouve que par un hasard bien malheureux, existent de par le vaste monde des gens qui n'évoluent pas dans un labo, une université, voire l'un ou l'autre centre de recherches. Pour tous ces gens qui n'ont pas pour vocation de défricher le futur, qui dépendent de clients ou de fournisseurs qui les font vivre, existe un standard de facto qui leur permet d'échanger et de communiquer. Certes c'est un mauvais, un très mauvais standard, dont beaucoup à commencer par les douteux responsables informatiques précédemment cités, qui n'ont même pas pour consolation de se gaver de gros pots-de-vin, aussi victimes que les autres d'un environnement dont ils ne maîtrisent rien, se débarrasseraient avec une joie sans mélange, mais c'est un standard qui vaut bien mieux que pas de standard du tout.

Il est pas beau mon linux ?
" Voilà quelques questions de simple bon sens auxquelles la réponse est facile à trouver. "

LA réponse ? Une seule ? A toutes ces questions ? C'était bien la peine que je me crève à chercher. Allez donc rendre service !
Bon voyons voir, heu … Linux.
J'ai bon ? Oui, bien évidemment, mais ça n'avait rien de difficile.

Toute ironie facile mise de côté, personne ne doute de l'honnêteté intellectuelle et encore moins de la sincérité de Roberto Di Cosmo, et il n'existe aucune preuve flagrante qu'il soit demeuré, mais il est amusant de constater comment les zélotes, de quelque tendance que ce soit, simplifient à l'extrême la réalité pour la faire coller avec la vision radieuse, forcément radieuse, qu'ils ont de l'avenir. Laisser croire qu'il existe à toutes les questions qu'il pose, une unique réponse qui s'énonce en cinq lettres relève au mieux de la naïveté.

Peut-être qu'à force de dissimuler sous de multiples fenêtres, jusqu'à le faire oublier, le système originel, Linux arrivera-t-il à triompher de l'Empire du Mal de la côte ouest.
Quand il sera entre les mains de gens, dont beaucoup, pour des raisons parfaitement honorables, ne voudront pas consacrer plus de temps à la bonne compréhension de son maniement, qu'ils n'en consacrent à celui d'une friteuse électrique ou d'un magnétoscope, ce jour là on pourra certainement d'un clic de souris, lancer un programme à partir de sa messagerie.

Ce jour là, tout le monde sera " root " pour ne pas avoir à administrer son système, à s'octroyer ou se retirer des droits.

Ce jour là, les Kevin Distroïlle, les Jordi Ribelz et les wArLOrDz dEuMédEUx, tous ces gentils compères, ces joyeux drilles en mal de reconnaissance, trouveront amusant de lui administrer par voie internetale de l'agent pathogène, qui lui fera hoqueter son hareng des mers froides, au brave manchot.

Ce jour là, les marchands de logiciel vite torché, vite vendu et je décline toute responsabilité quant aux conséquences de son utilisation, se feront du testicule en or en vendant à bon prix leur quincaillerie chaotique.

Ce jour là, une industrie vorace, qui n'a certainement pas l'intention de laisser se perdre des tonnes de beaux dollars, dans les fumeuses élucubrations peace and love de doux rêveurs, aura réexpédié tout ce beau monde à ses chères études et la boucle sera bouclée.

On peut détester la tête à claques de Billou, sa tronche de colin surgelé, c'est du folklore qui fait rire, mais se polariser là dessus est infantile, derrière lui existent des dizaines de Bill qui voudraient être Bill à la place de Gates et qui vendront de la même façon, du logiciel transgénique et du système frelaté, comme d'autres vendent de la viande malade, du chocolat à la dioxine ou de la farine d'équarrissage, en conséquence directe d'un système économique dont le seul moteur et le seul but, est la recherche du profit maximum en un temps minimum.

Si l'on veut vraiment s'engager dans une guerre, c'est contre le système libéral qu'il faut livrer bataille et non pas s'épuiser en querelles picrocholines, en escarmouches de technotrons, à base de " mon système il est plus beau que le tien ", autour d'un truc dont la vocation profonde est de transformer un presse-papier à écran en un objet à peu près utilisable.
Le pingouin, il serait temps qu'on arrête de nous le cirer.


MachiN