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Politiquement engagé.
L'engagement politique est
avec les romans de Marguerite Duras et les pieds de veau rémoulade, ce
par quoi l'Homme se distingue radicalement du reste de la création et
plus particulièrement du bigorneau commun. Faut-il une preuve de ceci ?
La voici ; a-t-on entendu dire un jour d'un bigorneau qu'il est de droite
ou de gauche ? Jamais ! Pour situer de façon commode un homme sur une échelle morale, on dit généralement de lui qu'il est de droite ou de gauche, mais plus rarement du centre, car le centre politique est une entité molle qui, en flagrante contradiction avec les lois élémentaires de la géométrie, ne se trouve nulle part. Quant à la femme on dit qu'elle est au foyer, ce qui constitue un environnement naturel où peuvent se développer dans des conditions optimales les qualités de cuisinage et pouponage qui sont les deux mamelles de sa nature profonde. Le délicat problème de la parité hommes femmes étant réglé au passage avec une élégance assez rare il faut bien le reconnaître, concentrons nous donc pour commencer, sur le modèle bipolaire. Un système qui a régné jusqu'ici à la satisfaction générale de tous ceux qui n'ont pas eu la déplorable idée de le prendre au sérieux au point d'en mourir parfois, mais qui avec beaucoup de sagesse ont laissé à d'autres le soin de s'acquitter de cette déplaisante formalité, qui fait toutefois le discours de commémoration si émouvant. Disons que jusqu'à un
passé récent, on était de gauche ou de droite comme on était notaire,
de père en fils, par une espèce de tradition ancestrale. D'un côté
parce que l'on faisait partie du prolétariat, une classe sociale
produisant très peu de notaires, et de l'autre parce que l'on était
justement notaire, un état qui à son tour et par un juste retour des
choses produisait des prolétaires en nombre infime. Pour simplifier un peu,
mais à peine, la gauche était le refuge naturel des nobles idéaux, de
la compassion, des idées massivement généreuses et de la solidarité
naturelle avec les opprimés du monde entier, à la condition expresse
cependant, que ceux-ci restent suffisamment loin ou abstraits, pour que
l'on s'indigne de leur destinée à date fixe sans avoir pour autant à
contempler de trop près leur triste sort. Un pas d'autant plus aisé
à franchir que, si on y regarde de près et même de loin, la différence
entre ce qu'il est convenu d'appeler une politique de droite et une
politique de gauche est devenue si ténue, qu'à moins de découper cette
politique en lames minces pour la faire observer au microscope électronique
à balayage par un sectateur particulièrement borné, cette différence
si elle existe, restera imperceptible au plus grand nombre. Mais ce qui serait vraiment bien, ce serait de trouver un système qui permettrait de continuer à s'indigner de la misère de l'humanité, tout en gagnant beaucoup d'argent à la bourse. Un système qui permettrait de continuer à sangloter sur le sort des sans domicile fixe, tout en possédant une propriété sur la Côte d'Azur, un mas dans le Lubéron ou un château à cru classé dans le Bordelais. Un système qui permettrait de continuer à déplorer l'inégalité des chances tout en envoyant ses gosses dans les meilleures écoles privées. Un système qui permettrait de hocher douloureusement la tête devant les sans papiers, tout en regrettant qu'il soient trop nombreux à oser en réclamer, de ces fameux papiers. Un système qui permettrait de dealer du conseil à 60 patates le quart d'heure - dame, ce n'est pas donné la minute de surdoué - sans que des pinailleurs, ou des moralistes à la petite semaine, viennent y retrouver à redire ou à chipoter sur d'obscures histoires de déontologie de décence et autres foutaises qui ne font joli que dans les bouquins Bref, un système qui
combinerait les avantages de la droite et de la gauche. Un système qui
permettrait d'être de droite avec le prestige intellectuel
traditionnellement dévolu à la gauche, qui permettrait de vivre son
pognon sans remords ni complexes, sans états d'âme, sans digestion
troublée. Mouvement de pensée
tendance Petrossian à haute teneur en frai d'esturgeon garanti véritable,
la Gôche possède déjà son organe, son porte-parole, son manifeste, sa
caution politique sous la forme d'un hebdomadaire de niouzes. Un magazine
qui chaque semaine fustige le néolibéralisme et encense l'entreprenaute
ou la bourse, plaint les miséreux entre des pubs pour Armani, BMW,
Demeures & Châteaux ou Cartier, se lamente sur le sort des plus démunis
en dressant la liste des bons lycées qui feront la réussite à tout coup
du chérubin et celle des endroits où il fait bon vivre, à condition que
l'on puisse s'offrir du loyer à cinq chiffres.
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