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La vie est belle
(enfin je crois).
Je ne sais pas
ce que vous en pensez, mais je trouve que nous vivons vraiment
une époque formidable. Bon franchement, bénéficiant
d'une durée de vie tout ce qu'il y a de standard, je manque
à la fois de recul et d'expérience pour porter
sur les périodes révolues un jugement pleinement
autorisé, mais cela m'aurait beaucoup chagriné
de côtoyer une époque où l'entreprenaute
et Jean-Pierre Foucault y étaient inconnus.
Oh certes, il arrive parfois que de façon fugace le doute
vienne à m'effleurer, mais pas en ce moment. Non, surtout
pas en ce moment, car l'actualité est particulièrement
riche de ces faits, qui pris individuellement semblent de peu
d'importance ou même peuvent porter à sourire mais
qui, telles les pièces d'un puzzle, s'emboîtent
à la perfection pour composer une figure dont la signification
n'apparaît qu'à distance. Une figure que je contemple
avec un ravissement enfantin tant elle me conforte dans la certitude
que nous nous acheminons pas si lentement que ça mais
tout à fait sûrement vers le meilleur des mondes.
Parmi ces faits où événements en voici quelques
uns digne d'un profond intérêt que je livre à
votre appréciation.
Le langage
en kit.
Il n'y a pas si longtemps, le sportif que l'on interrogeait à
l'issue d'un de ces exploits dont il faisait profession, le quidam
à qui l'on demandait son avis au sortir de la Foire du
Trône, à l'occasion d'un quelconque micro trottoir
bouche-trou de fin de journal télévisé,
exprimait son opinion dans un français plus ou moins inspiré
mais reconnaissable au premier coup d'oreille et plutôt
rassurant par sa permanence.
Dans un cas cela donnait " Je suis bien content d'avoir
gagné et Josette si tu m'écoutes ne m'attends pas
ce soir parce que j'ai troisième mi-temps avec les copains",
dans l'autre " On s'est vachement bien amusés ".
Aujourd'hui le même sportif vous assénera brutalement
" qu'au niveau des échéances il a su faire
face car il a géré son mental de façon optimum",
quant au rescapé de fête à Neuneu il va vous
matraquer sous le regard éperdu de respect de sa femme
et de sa progéniture " Oui bien sûr à
un niveau superficiel cela pourrait sembler amusant, mais il
faut que nous nous approprions ce que nous venons de vivre afin
d'en apprécier toutes les composantes ".
Le télévisionneux
de base exprimant la quintessence de sa riche pensée à
l'aide du même volapük, et l'influence de la boîte
à images qui bougent étant ce qu'elle est, j'ai
cru bien longtemps que ces gens parlaient ainsi pour faire "
comme à la télé " et habillaient de
ce chic à paillettes qui fait si joli la moindre de leurs
paroles, pour ressembler à un présentateur de journal
télévisé. J'allais jusqu'à imaginer
qu'ils se procuraient cette conversation au mètre, ce
prêt-à-parler, ces bouts de phrases prêts
à l'emploi et assemblés à la demande, dans
les magasins d'accessoires de l'une ou l'autre chaîne.
Profonde erreur, j'ai appris comme beaucoup, voici quelques jours
à l'occasion de la sortie du livre " C'est pas moi
c'est les autres " de l'allègre Claude, ci-devant
tartarin du mammouth adipeux en congé sabbatique, exterminateur
de dinosaures en inactivité, dégraisseur compulsif
d'archaïques bestioles en repos forcé, que ce charabia
s'apprenait à l'école.
Cela fait suffisamment longtemps que j'ai quitté l'école
pour ignorer que désormais on y désapprend le français
pour y enseigner le galimatias, mais maintenant que je sais qu'entre
autres joyeusetés de même acabit, un ballon est
un référentiel bondissant, je comprends un peu
mieux le pourquoi des légions d'analphabètes qui
se vautrent au bac ou réussissent à intégrer
l'ENA.
Et je me sens beaucoup mieux, depuis que je sais que ce sabir
est cautionné par l'éducation nationale.
Les jeux olympiques.
A Sydney s'est ouverte la grande quinzaine de la viande de buf
anabolisé sur pied. Oh comprenons-nous bien, provisoire
ami lecteur que je vois sourciller avant de foncer illico dans
la buanderie pour y faire chauffer le goudron et amasser les
plumes à enduire le Machin, je n'ai rien contre le sport
spectacle. On ne va tout de même pas toucher au sacré,
critiquer tout cela c'est certainement low tendance, trash ringard
et under hype. De l'occupation de soixante-huitard et plus probablement
de soixante-huit-trop-tard. Question efficacité autant
traire de la brebis du Larzac avec des gants de boxe.
Chacun a le droit de s'esbaudir devant de l'androïde au
regard de zorglhomme, tapant du fond d'un court sur des baballes
avec des grands ahans de bûcheron sous le regard extasié
des Yorkshire de Belmondo.
Chacun peut vibrer aux exploits de cyclistes plus chargés
de substances chimiques que l'est un tanker affrété
par Rhône-Poulenc .
Chacun peut se divertir du spectacle de 22 millionnaires se disputant
un référentiel bondissant. Sans compter qu'être
footballeur aujourd'hui, c'est pour lever du top-model, autrement
plus efficace que le " vous habitez chez vos parents ? "
des familles.
Mais enfin les jeux olympiques ! Cette pantomime, cette bouffonnerie,
cette obscène foire au fric, dégoulinante de mercantilisme
et de publicité, où sous couvert de bons sentiments
et de fraternité il s'agit de rafler le plus de médailles
par chauvinisme et par exaltation nationaliste. Où certains
athlètes chimiquement améliorés, ne sont
rien d'autre que des robots ayant répété
des heures durant, sous la conduite d'un ordinateur auquel ils
étaient reliés par une armée de capteurs,
le geste précis, mécanique, qui leur apporterait
immanquablement la victoire.
Autant se repaître de spectacles de gladiateurs ou de courses
de char à la Ben-Hur, là au moins pas besoin de
noble alibi pour assister aux jeux du cirque.
En tout cas si quelqu'un a dans ses relations un caisson étanche,
merci de faire suivre parce que ça va être certainement
le seul moyen d'échapper au barnum planétaire.
C'est vendredi,
c'est guignoli.
Les calamités arrivent toujours par l'ouest, c'est avéré.
Non pas de la Bretagne bien que j'aurais personnellement tendance
à ranger le chouchen dans cette catégorie, mais
bien plus à l'ouest encore, des Etats-Unis d'Amérique.
Non content de nous exporter leurs films débiles, leurs
valeurs frelatées et leur fast-bouffe abominable, voilà
qu'ils nous envoient aussi leur traditions d'entreprise imbéciles.
Cela faisait un moment que je me demandais, un peu inquiet parce
que la bêtise met bien moins longtemps qu'avant pour nous
parvenir, quand arriverait chez nous la quasi obligation pour
tout le monde, du PDG au balayeur en passant par la secrétaire
et le jeune cadre aux quenottes hypertrophiées, de venir
travailler le vendredi en jean et baskets, en bermuda ou en jogging,
avec une plume jaune dans le derrière, sans cravate et
pour tout ce petit monde là l'obligation aussi de se tutoyer
en se tapant sur le ventre comme un tas de chouettes poteaux.
Hé bien c'est fait, une entreprise bien Française
faisant dans l'annihilation de masse, le missile intelligent,
l'obus qui tue plus propre et autres gadgets à vocation
chirurgicale, sans doute décidée à montrer
qu'on peut être fabricant de mort subite mais pas mauvais
bougre pour autant a instauré la tradition des vendredi
bon enfant.
Le vendredi, la morgue, le mépris hautain et le contentement
de soi de Aymeric Anglade de Mouchaboeuf votre DG et de Louis-Xavier
Potron-Minet votre DRH vont disparaître comme par enchantement
et vous pourrez leur donner du tu gros comme le bras en les appelant
Loulou ou Riri. Vous pourrez comparer les qualités respectives
de vos jeans Auchan et de leurs jeans Calvin Klein - dame ! Egalité
mais point trop tout de même - de vos baskets Monop à
300 balles les six paires et de leurs " juste fait le "
à 1800 boules le morceau.
Vous pourrez causer de votre petit dernier qui revient si cher
en soutien scolaire et psychologique et des vacances de Jean-Bat
fils de Riri, à Gstaad ou ailleurs et de la troisième
Porsche que ce sacripant a pliée. Ah c'est bien du souci
les gosses, allez !
Nul doute que Louis-Xavier Potron-Minet se rappellera ces émouvants
moments, le jour où le cur brisé et la mort
dans l'âme il vous convoquera pour vous suggérer
d'aller exercer votre créativité dans une cadre
plus approprié à vos énormes potentialités.
C'est que ça crée du brassage social ainsi que
des liens forts et vrais tout ça.
Le vendredi un conformisme chasse l'autre. Tous les pauvres types
qui ont refusé de mettre une cravate tous les jours au
détriment de leur carrière vont rire un peu jaunâtre.
Ce jour là, ils n'auront qu'à en mettre une pour
se venger, mais enfin bon, qu'ils ne se plaignent pas trop, avant
que l'église catholique ne décide subitement qu'il
était tout à fait possible de manger de la viande
le vendredi - tiens aussi, comme on se retrouve - sans finir
sur un bûcher, un certain nombre de pauvres types ont payé
un peu cher leur coupable goût pour le carné en
dehors des périodes autorisées.
C'est vraiment formidable, jurons que cette sympathique tradition
va déferler sur tous les férus de modernisme à
poil dur dont sont farcies nos entreprises. Mais espérons
que ça ne va pas s'arrêter en si bon chemin et qu'après
cela, viendront les week-end de bureau obligatoires entre collègues
à griller des merguez ou des harengs autour d'un feu de
camp youkaïdi youkaïda et qu'est ce qu'on rigole.
Et enfin pour
finir sur une note joyeuse pour ne pas dire bouffonne, j'ai lu
récemment que le Brésil allait sans doute acheter
à la France le porte-avions Foch. Alors là je bondis
sur le trait qui me vaudra en plus du Vermot d'or 2000 un succès
inégalé dans les dîners en ville : ils ne
vont pas être fochés avec ça les pauvres.
A vrai dire le Brésil je n'en connais rien d'autre que
des clichés, le Pain de Sucre, Copacabana, la bossa nova,
le string et les gentilles plus ou moins dames qui viennent peupler
le bois de Boulogne, mais maintenant en plus de tout ça,
je sais que les Brésiliens eux mêmes ne sont pas
rancuniers.
Non seulement ils ne nous en veulent pas de leur avoir collé
une pile au foutchebol, mais en plus ils sont prêts à
payer pour nous débarrasser d'une épave, que seules
les nombreuses couches de peintures que l'on a passé par
dessus la rouille empêchent de se désagréger
lamentablement.
Les voilà futurs acquéreurs de ce prince des mers
qui des années durant a maintenu dans la terreur et à
l'intérieur de ses ports la marine suisse dans son ensemble.
Les Brésiliens sont pressés d'entrer dans le club
très fermé de tous ceux qui tiennent absolument
à faire flotter pour un coût d'exploitation proprement
extravagant, une ferraille qu'un missile à une fraction
infime de son prix suffira à envoyer par le fond.
Ils feraient bien mieux de s'offrir un bateau-mouche, c'est plus
rigolo.
En tous cas, tous les généraux Alcazar et Tapioca
d'Amérique du Sud devraient attendre un peu qu'elle coule
avant de se sentir menacés par une baignoire sabot.
Alors ne trouvez-vous
pas, vous aussi, que l'on vit une époque formidable ?
MachiN |
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