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www.maîtres-du-monde.fr Viennent de sortir
en librairie, deux livres dont on peut craindre qu'ils passeront
inaperçus des divers artisans, qui dans le confort feutré
des cabinets éditoriaux où se concoctent les
futurs prix littéraires leurs préféreront
comme souvent, l'un ou l'autre écrit narrant longuement,
avec force détails et non moins de complaisance assortie
de vagissements nombrilistes, comment un polytraumatisé
existentiel précoce a trouvé dans la relation minutieuse
d'un mécanisme physiologique peu ragoûtant, la voie
du choc cathartique destiné à replâtrer un
ego méchamment cabossé par la dureté intrinsèque
de l'existence. Qui aurait pu
penser, que sous les airs de poupard satisfait - plus vraisemblablement
de lui que des autres - de monsieur Messier et sous ceux débordants
de bonhomie de monsieur Minc, un homme à qui l'on eut
confié à défaut des siennes les économies
de sa vieille tante sans l'ombre d'une hésitation, se
cachaient des conteurs capables en quelques dizaines de pages,
de vous hérisser le poil de frayeur en même temps
que de vous donner à la moelle épinière
une consistance grumeleuse de potage au tapioca. Il n'est pas anodin que ces deux joyeux drilles aient affublé leur désopilante oeuvre de titres aux consonances ouaibeuses. Car pour eux Internet c'est les grands espaces au beau milieu desquels la nouvelle économie galopera sans entrave, les naseaux frémissants. Où ces nouveaux condottieri enfin libérés des basses contingences démocratiques qui les plombaient aux entournures, se tailleront à grands coups de fusions et de rachats les empires que leur talent réclame pendant que des serfs sommés de trouver cela passionnant regarderont les seigneurs, alliés d'un jour ennemis de l'autre, se livrer à des guerres de conquête en plein milieu de leur champ de betteraves qu'ils saccageront allègrement lors de combats pour lesquels l'OPA tiendra lieu de flamberge, le marché de fléau d'armes, l'actionnaire de hallebarde. Sans vouloir leur faire de la peine - avec tout le mal qu'ils se sont donné ce ne serait pas gentil - il faut bien reconnaître que le nouveau qui consiste à faire un saut de quelques huit siècles en arrière n'a au premier abord rien de vraiment folichon. Les voyages d'accord, mais dans le passé ça dépend où et comment, et avec eux comme gentils accompagnateurs merci, mais on verra une autre fois c'est promis. Si le message
véhiculé, que l'on pourrait résumer certes
de façon assez rugueuse par cette formule " Cassez-vous
de là les gnomes et laissez faire ceux qui savent "
est en gros le même, il existe cependant pour chaque livre
quelques variantes dans le traitement ce cette idée-force.
" www.capitalisme.fr
" de monsieur Minc, comme on peut le supposer là
encore au seul énoncé du titre se veut plus théorique.
Monsieur Minc comme à son habitude et fidèle à
sa mission d'intellectuel stipendié, se veut brasseur
d'idées. Théoricien chargé d'habiller la
loi de la jungle de pimpantes couleurs qui font envie, il nous
apprend que les inégalités seront inévitables,
peut-être même nécessaires et que nous aurons
un vaste choix entre s'adapter ou s'adapter. Ou éventuellement
ne pas s'adapter mais à nos risque et périls. C'est
exaltant. Au temps hélas
lointain de ma folle adolescence, lorsque des occupations subversives
de tupamaro de palier, de desperado de quartier en lutte contre
l'ordre bourgeois de ma cage d'escalier m'en laissaient le loisir,
je lisais. Beaucoup, énormément, tout ce qui me
tombait sous les yeux. J'aimais bien
la première catégorie divertissante et moins la
seconde. Je comprenais bien que la narration de bonheur futur
plus poisseux qu'un sachet de marshmallows oublié en plein
soleil n'offrait pas le décor idéal dans lequel
pouvait s'épanouir une intrigue haletante, mais à
cette époque forcément naïve où l'on
croyait que le progrès ne pouvait être que porteur
de mieux-être et de félicité, je trouvais
cela tout à fait invraisemblable et je terminais invariablement
la lecture du bouquin en me demandant " Mais où donc
vont-ils chercher tout cela ? ". MachiN |
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