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Le sapin me file les boules. Avec décembre
une petite fraction de l'humanité va entrer comme chaque
année, dans une phase d'intense religiosité assistée
au cholestérol, qui va atteindre avec Noël un de
ses points culminants. Puis le temps que fassent effet diverses
potions destinées à soulager les glandes spirituelles
de l'estomac et du foie un peu trop sollicitées par les
offices, se terminer le 31 dans une grande crise de mysticisme
huîtrier. Mais c'est aussi
un temps où bonté et générosité
se focalisent exclusivement sur l'humain alors qu'existent pourtant
dans la nature, d'autres êtres vivants dignes de cette
sollicitude calendaire : les animaux. Il est enfin temps de se préoccuper de l'injuste sort fait aux animaux de bouche. Ce que pour ma part je trouve très bien, car pendant ce temps là on évite de penser, de façon un peu lassante si vous voulez mon avis, à tout ceux qui, ici ou là et parfois même ailleurs sont victimes des fluctuations de politiques intérieures auxquelles ils ne comprennent rien, ou du bon vouloir d'un de ces sigles à vocation mondialement globalisante, qui travaillent inlassablement au bonheur du plus grand nombre dans l'anonymat qui sied aux modestes. Tout cela c'est de la broutille qui disperse l'attention et nous distrait des vrais problèmes. Attaquons nous aux vrais scandales, car il y en a et s'il n'en fallait citer qu'un ce serait bien évidemment celui du sort réservé à cet animal emblématique qu'est l'escargot. Car en compagnie de l'huître, du canard, de l'oie, de la dinde, du saumon fumé et du pain de seigle, sans oublier le chapon bien entendu, l'escargot va entrer dans une période difficile, et disons le sans fard même si les mots font mal, dans une période tragique, ne nous voilons pas la face. Mais avant d'aller
plus loin il est peut-être bon de présenter l'escargot,
un animal attachant par bien des côtés, mais hélas
très peu connu car très discret, timide même,
rentrant dans sa coquille à la moindre contrariété.
Faut-il voir dans cette attitude un réflexe freudien lié
au traumatisme de la naissance ? L'escargot est un bovidé de petite taille, doté d'une fort belle paire de cornes qu'il porte fièrement en avant. Il vit en troupeau au sein duquel le mâle le plus vigoureux entouré d'un véritable " harem " pouvant compter deux à trois dizaines de femelles - car l'escargot est un chaud lapin - fait régner une loi d'airain, n'hésitant pas à charger l'imprudent qui viendrait renifler l'arrière train des femelles - car l'escargot n'est pas maniéré. J'ai vu bien des choses dans ma vie, mais je dois dire que le spectacle d'un grand mâle escargot furieux et soufflant par les naseaux, chargeant ventre à terre, est l'un des plus beau qu'il m'ait été donné de contempler à ce jour. A part peut-être celui de la reproduction de l'amibe commune dont je vous entretiendrai un jour. L'escargot est un animal pratique, puisqu'il se déplace partout avec son étable sur le dos, rendant son élevage très rentable. Les frais d'infrastructure sont ainsi réduits au minimum, ce qui ne manque pas de séduire les " joint-venture " " business-angels " et autres " start-up " à l'affût de " process high-tech " et de revenus conséquents. Il est principalement élevé pour sa viande et son lait avec lequel on fait un beurre délicieux, le fameux beurre d'escargot qui doit sa finesse au fait que l'on envoie paître l'escargot dans les grandes prairies d'ail et de persil sauvage. Notons au passage que ce phénomène de corrélation nourriture-goût n'est pas propre a l'escargot, le pavé de charolais engraissé dans les prairies de sauce bourguignonne est aussi infiniment plus goûteux. Il existe une
autre variété d'escargot, sauvage celle-là,
dont on capture les sujets mâles les plus agressifs pour
les livrer à d'immondes jeux du cirque que l'on nomme
les escargorridas. C'est un spectacle dégradant d'une
barbarie peu commune où l'on voit des androgynes frétillants
du croupion, sanglés dans des combinaisons de pompiste
en lamé, les escargadors, rendre chèvre ces pauvres
bêtes avant de les mettre à mort dans un rituel
bestial et disons le tout net fascisant. Tout cela pour offrir
à la fin, leurs testicules pantelants à la foule
en délire. Le lecteur sagace aura compris ici que ces
testicules pourraient avantageusement être greffés
au chapon lui rendant ainsi sa dignité, mais hélas
il n'en est rien. Quand ils ne finissent pas dans le caniveau,
des pervers au goût décadent les consomment frits.
Une triste fin comme on le voit pour d'aussi beaux attributs. Alors je ne sais
pas vous mais moi sachant de cela, comment vais-je pouvoir manger
la conscience en paix ? Non vraiment, cette année plus
que les autres, le sapin me file les boules. |
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