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Contrariété passagère. On m'attaque, on me prend d'assaut, on m'agresse, on me cherche. Je m'explique : malgré le peu d'empressement que met le printemps - nous vivons en ce moment un très bel hiver - à se tenir à la hauteur du minimum syndical météorologique que l'on est en droit d'attendre de lui, il n'en reste pas moins qu'il constitue une réalité calendaire incontournable. Réalité qui, en même temps qu'elle fait apparaître les premières feuilles frigorifiées aux branches des quelques arbres ayant survécu à la pollution citadine conjuguée au zèle intempestif d'élagueurs de rencontre, fait surgir sur les placards publicitaires et autres " mobiliers urbains ", les premières nymphettes, dévêtues de lingerie vaporeuse et de peau satinée. Pas plus tard
qu'hier je suis tombé nez à nez - si l'on peut
dire, car le nez était de mon seul côté -
avec une affiche aux dimensions quasi babyloniennes, en tout
cas exagérées, sur laquelle une accorte jeune fille,
le soutien-gorge à la consistance arachnéenne et
à l'opacité toute relative renonçant à
contenir une surabondance - il faut bien le reconnaître
assez émouvante - d'arguments oblongs au velouté
certainement adéquat et à la texture à la
fois ferme et souple, clamait sur le mode provocant - genre si
ça ne te convient pas, va donc voir chez Plumeau si j'y
suis - tout le bien qu'elle pensait de sa poitrine. Opinion à
laquelle on était instamment prié, et sans aménité
superflue, de souscrire. Comprenons-nous
bien, ami lecteur qui voit avec inquiétude se profiler
derrière les bougonnements du grincheux professionnel,
le mufle hideux du pudibond moralisateur. Sur le principe, je
m'en tape comme il est difficilement envisageable de le concevoir,
pour qui n'est pas familier des grandeurs astronomiques, que
l'on exhibe à longueur d'affiches, des jeunes filles vêtues
le plus souvent de leur seul épiderme. Je reste même
muet d'admiration devant ce qu'un bricoleur talentueux - si l'on
en croit la Genèse - a su créer à partir
d'un os surnuméraire. Non mais, pouvez-vous
imaginer produit aussi peu torride que le fromage blanc ? Vous
je ne sais pas, mais moi ne n'y arrive pas. Pourtant, je me
souviens d'un spot publicitaire, où une jolie dame en
culotte de coton, le poitrail au garde-à-vous sous le
marcel opportunément collant, apparemment au dernier stade
de l'extase amoureuse - celui qui précède de peu
l'orgasme - se suçotait un doigt trempé dans le
yaourt, avec des bruits mouillés et des mines de gourgandine,
d'avérée friponne. J'en ai ras la
théière, que l'on m'agresse la libido à
froid dès potron-jacquet, à grand renfort de chair
fraîche complaisamment étalée. J'en ai assez,
que l'on m'oblige à concupiscer hors de propos, à
toute heure, que l'on me bourre le crâne de subliminal
érotico-mercantile. Assez que l'on essaye de me forcer
à ne considérer la femme, l'il embué
de testostérone, que sous l'angle horizontal de viande
à plumard. Que la publicité
débite des conneries à plein régime ne me
gêne pas, tant que ça reste visible à l'il
nu, mais regardez le dernier spot de chez WW, qui vous montre
une loque ayant choisi au lieu de travailler, de ne rien faire
sur une plage des mers du sud d'un air accablé par l'ennui
le plus profond, puis un autre ayant opté lui, dans la
reconversion théâtrale, pour laquelle il semble
montrer autant de dispositions qu'un goret pour le point de croix,
et l'inévitable performant épanoui qui sort à
la nuit tombante de son boulot au volant de sa NewBeetle rutilante,
ravi et pressé d'y retourner dès les aurores. J'en ai par-dessus la moumoute de cet image de bonheur glaireux et stéréotypé, infusé à longueur de temps. De ces familles fantasmagoriques qui n'existent que dans l'imagination enfiévrée de crétins de créatifs à catogan. Des familles en tous points conformes aux prévisions de l'INSEE, proprettes, à chienchien à la mode peigné comme il faut, sans un poil qui dépasse. De ces couples de décérébrés, aux fous rires complices à la pensée de se faire arnaquer sur vingt ans par la banque Dugenoux, pour devenir propriétaire d'un gourbi qui tombera en ruine bien avant le paiement de la dernière échéance, inévitables géniteurs d'une paire de marmots calibrés, beaux comme des dieux, propres sur eux et polis comme le diamants, au QI de 180, qui font leurs devoirs sur Internet en attendant d'intégrer inévitablement Sup De Co. Ne pas atteindre cet état légumineux, ce bonheur en kit, aussi enivrant qu'un plein fût de camomille, fait pourtant se sentir coupables d'avoir failli en cours de route, tous ceux qui ne pourront jamais accéder à ce nirvana comateux, hors de portée des vraies gens, pour la bonne raison que ce n'est rien de plus qu'un mirage. Je ne sais vraiment
pas ce que j'ai à m'énerver comme ça, bêtement,
en pure perte et tout seul de surcroît, alors que c'est
un exercice qui se fait généralement à plusieurs,
deux étant le strict minimum si on ne veut pas avoir l'air
plus bête que nécessaire. Il n'y a rien de plus
daté, de plus ringard, que de s'énerver contre
la pub sacrée phénomène de société.
Ou alors, c'est le dernier velouté de crème de yogourt moldave, au lait de yack de Tchernobyl, garanti 100% chimique, sans adjonction d'aucune saleté naturelle d'origine douteuse, qui me caille les intérieurs. Pourtant
La pub en disait le plus grand bien. |
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