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Télé thons. Où peut
on trouver quelques millions de blaireaux regardant, à
longueur de journée et parfois même de nuit, évoluer
une bandes de thons ? La réponse est : vissés devant
leur télé, victimes d'un prion télévisuel
nommé Loft Story, agent pathogène d'une grave et
foudroyante maladie : la loftopathie encéphalique aiguë,
qui rend complètement loftingues, les sujets touchés.
Le concept est
suffisamment simple pour toucher le monosynaptique commun, qui
compose l'essentiel du public visé, plus généralement
nommé par les marketomanes convulsifs stipendiés
épris de déontologie de proximité : le cur
de cible. Il y a là
parmi d'autres, un exemplaire de surfer peroxydé apparemment
peigné avec une poignée de pétards et qui
semble avoir pris sa planche sur le coin de la tête plus
souvent que nécessaire, un beau gosse professionnel, un
intellectuel reconnaissable à ses lunettes, la notion
de crétin bigleux n'ayant pas encore touché le
grand public, une maîtresse j'ordonne/cheftaine scout/gentille
organisatrice, et aussi une blonde à la forte poitrine
dotée d'un galbe un peu trop parfait pour être honnête. Tous ces braves
jeunes gens réunis en cette Thélème, ne
sont évidemment pas là que pour échanger,
à base de " Tu ouas là, c'est fou je veux
dire", des considérations fulgurantes un peu sur
l'être et beaucoup sur le néant, mais pour gagner
une maison assortie d'autres babioles, à l'issue d'un
parcours éliminatoire s'étalant sur bien trop de
jours, qui aura décimé les participants pour ne
conserver qu'un couple. Ce que je vous dis c'est ce que j'en ai entendu ou lu, et juste pour le plaisir de faire le malin. J'ai bien essayé de regarder hier matin comme tout le monde, mais je suis tombé sur un plan fixe d'une demi-heure, représentant un dortoir dans lequel ces braves jeunes gens en écrasaient comme des bienheureux . C'était assez palpitant, j'éprouvai autant d'émotions qu'à regarder dormir mon chat ou se remplir la baignoire. J'ai laissé tombé tout tremblant, au bord de la surcharge d'adrénaline. Enfin globalement, le jour où je voudrai m'offrir une lobotomie, je ferai ça par les moyens conventionnels, couverts par la sécurité sociale, plutôt que par la télé. Loft Story on ne parle plus que de ça, que fais-je d'autre en ce moment, d'ailleurs. L'affaire est d'importance qui divise la France et va renvoyer l'autre Affaire, Dreyfus, au rang de querelle de fin de banquet pour amicale d'aphasiques. On a les grandes causes que l'on peut, mais j'ai bien peur qu'en guise de Zola il faille se contenter cette fois-ci et une fois de plus, de Gérard Miller. Je vous jure cependant que j'ai beau m'essorer la cervelle, me creuser la matière grise et me presser le neurone, je n'arrive pas à accoucher d'un quelconque avis sur la chose. En parler à la rigueur, mais en penser quoi que ce soit, si l'on considère ce sur quoi s'exerce la réflexion, me semble une dépense d'énergie proprement démesurée. C'est une position qui va devenir de moins en moins tenable, je le sens. Ayant répondu l'il vitreux " Faut-il vraiment en penser quelque chose ", à quelqu'un qui me demandait mon avis sur Loft Story, probablement dans la seule intention de me fourguer le sien. J'ai vu passer rapidement mais distinctement sur le visage de mon interlocuteur, l'air de qui regrette le pilori agrémenté de jets de légumes pourris, les bastonnades publiques et autres joyeusetés du même ordre qu'il serait bon de m'appliquer séance tenante. Est-il bien
utile me direz-vous d'avoir un avis en propre, alors qu'il est
si facile de s'en procurer un en prêt-à-penser,
auprès de spécialistes ayant pignon sur rue ? Laissons de côté
ceux qui absorbent sans rien dire et goulûment du Loft
Story toute la journée, dans la seule intention de savoir
et voir en temps réel, qui va tringler qui. Je veux bien
emprunter un avis, mais pas à n'importe qui. Mais pourquoi
s'indigner bruyamment, là, maintenant ? Peut-être
parce que ça se voit mieux, mais où donc étaient
les grandes âmes, qui font semblant de découvrir
l'éternelle et foncière crapulerie de la nature
humaine ? lorsque des présentateurs au sourire cauteleux
de maquignon, des vendeurs d'illusions frelatées, dégoulinant
de fausse compassion amenaient de pauvres gens à livrer
en pâture à la concupiscence obscène d'un
public heureux, le spectacle de leur malheur, bien triste et
bien épais. Les pour eux,
ne sont pas toujours là où on pourrait les attendre,
chez les bas de plafonds et les beaufs à front de buf.
On en retrouve chez certains professionnels du contre-pied qui
fait chic et du paradoxe mondain. Malades à la pensée
de mettre, ne serait-ce qu'une fois, leur pensée dans
les pas d'autrui, ils ont trouvé là une occasion
inespérée de se démarquer des petits camarades,
tout en laissant libre cours à une imagination débridée,
où le n'importe quoi enrobé dans des mots à
forte valeur ajoutée y côtoie l'extravagant dans
ce qu'il peut avoir de sublime, de grandiose, de démesuré,
tant il est vrai qu'à un certain degré d'abstraction
et d'obscurité il est difficile pour le profane de différencier
le génie de l'idiotie absolue et irrémédiable.
Finalement ni pour ni contre mais bof, fidèle en cela à mon intention, ou plutôt absence d'intention initiale. Tout ce tintouin à l'ère de la télécommande multifonctions, ça m'épate. Qu'on en fasse tout un fromage, j'aurais compris à la rigueur dans le temps, lorsque éteindre sa boitakons demandait une logistique infernale, qu'il fallait poser sa bière, essuyer les miettes de chips qui vous couvraient les jambes, enfiler ses charentaises, se lever et marcher jusqu'au poste pour lui couper le sifflet, mais maintenant Ayons une pensée émue pour la concurrence qui n'a pas osé, pour d'obscures raisons dans lesquelles le respect du spectateur figure très certainement en bonne place, sortir la première une émission de ce type, et sur la face d'ictérique de laquelle est figé un rictus d'envie dont s'écoule sous forme de bulles d'écume verdâtre, l'amère et douloureuse déception de qui voit lui échapper les rentrées publicitaires qui vont avec des taux d'audience rarement atteints, et dont aucun directeur de chaîne n'aurait jamais osé rêvé, même dans la pire des défonce sous LSD. Une phrase à
la mode ces temps-ci, dit qu'il vaut mieux mobiliser son intelligence
sur des conneries, que sa connerie sur des choses intelligentes,
ça reste à démontrer mais c'est oublier
qu'il est aussi possible, ce qui est généralement
le cas, de mobiliser sa connerie sur des conneries. |
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