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Parigot tête de veau. Reconnaissons-le, la tendance littéraire du moment est à l'étalage impudique, au déballage intime. Ce qui est admirable, mais conduit à brider un peu l'élan narratif de tous ceux, qui comme moi hélas, n'ont pas encore eu l'occasion de se faire lutiner dans les lieux les plus variés par une équipe de rugby au grand complet, une colonne d'infanterie ou un défilé de premier mai toutes tendances syndicales confondues. Aussi me faut-il trouver à confesser à mon tour quelque vice pour intéresser le lecteur. Je vais vous faire un aveu dont l'indécence me permettra de rivaliser je l'espère, avec tout ce que l'édition compte de plumitifs dévergondés. Je vais vous révéler un secret. De ceux qu'il faudrait cacher toute une vie et ne livrer qu'à l'instant du gargouillis ultime et du râle terminal, quelque part entre l'extrême-onction et la bière (pas celle qui pétille et rend joyeux, non l'autre). Au risque de
ne plus rien avoir de passionnant à confesser le moment
venu, me voici obligé pour faire l'intéressant,
d'anticiper sur mon agonie. Alors voilà je l'avoue, je
suis un provincial. Je sais, c'est sans doute glauque, mais il
n'était peut-être pas nécessaire de vous
enfuir avec tant de précipitation. Vous pouvez revenir
maintenant, ça n'est pas contagieux. Au point où
j'en suis de mes abominables révélations, je vais
pousser l'abjection jusqu'aux limites du supportable : je suis
un provincial point trop malheureux de l'être. Elle ne servirait
qu'à cela, que l'on pourrait déjà la faire
classer monument d'intérêt général
et thérapeutique. Mais on ne peut ignorer à quel
point, sa représentation en plastique doré montée
sur socle en époxy presque véritable, lorsqu'elle
trône en bonne place sur la poutre de cheminée,
entre le coq qui change de couleur en fonction du temps qu'il
fait et le napperon en authentique dentelle de Calais chinoise,
dénote un goût très sûr et une passion
indiscutable pour les lointains voyages. A Paris j'y ai
vu lors de mon dernier voyage, en plus de la tour de ce bon monsieur
Eiffel et entre autres merveilles, une boutique de traiteur dont
le patron s'enorgueillissait du titre de champion de France du
pâté de tête. Une distinction, un honneur
sans doute, attesté par une inscription peinturlurée
sur la devanture de l'échoppe, en lettres flamboyantes
de 20 centimètres de hauteur. Il y a tout de
même quelque chose qui m'intrigue. Les Parisiens seraient-ils
pourvus d'une caractéristique physique ou d'une sorte
de phosphorescence perceptible à leurs seuls yeux ? Quelque
chose d'invisible au visiteur de passage leur permettrait-il
de se reconnaître au premier regard et par là même
de différencier l'intrus ? Ou alors une inscription au
fer rouge au beau milieu du front, à moins qu'il ne s'agisse
d'une enseigne au néon me surmontant, signaleraient-elles
alentour ma qualité de provincial ? Je suis par dessus tout, très ému de l'intérêt dont m'honorent les chauffeurs de taxi. Je ne peux prendre un taxi de nuit, sans que son chauffard ne tente aussitôt de me démontrer sa virtuosité, à grands renforts de départs canon amenant quiconque se trouve aux abords immédiats du bolide, à se suspendre précipitamment au premier poteau de signalisation venu pour échapper à une mort aussi certaine qu'atroce, ou de parcours auprès desquels passeraient pour des courses de voitures à pédales, les plus célèbres morceaux de bravoure automobile cinématographique. C'est lorsqu'on me jette au visage mes tickets de métro, ou mon café, que j'émerge les genoux en fromage blanc d'un cercueil à quatre roues enfin immobile, que je me souviens de cette phrase, qui autrefois avec comment vas-tu yau de poêle et, comme tu vois ture à bras, composaient le vade-mecum humoristique de l'honnête homme tenant à briller en société de manière discrète mais raffinée : parigot tête de veau. On se venge comme
on peut. |
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