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Faut ce qu'il Faust. Notre époque
est moderne. Pas plus rétorqueront d'aucuns, que toutes
celles qui l'on précédée et qui le furent
en leur temps. C'est vrai, mais la nôtre l'est mieux. Moderne,
je veux dire. C'est tout de même la première, à
déclarer contraire au cours naturel des choses le vieillissement,
et à se donner les moyens de venir à bout de cette
curieuse anomalie par voie médicamenteuse. J'ai donc lu
avec un intérêt tétanisé, ce dossier
traitant de la nouvelle jouvence à la mode. La DHEA que
ça s'appelle. Ce qui fait sérieux. Bien plus que
ne le faisait en son temps, celle de l'Abbé Souris, à
moins que ce ne soit Souri, j'ai la mémoire qui flanche.
La jouvence de
l'Abbé Rongeur (pour ne faire de peine à personne),
en sus d'indéniables vertus rajeunissantes rigoureusement
attestées par une photo de Mathusalem avant et après
le traitement, devait posséder - si mes souvenirs sont
à peu près d'équerre - au contraire de la
DHEA, la faculté de guérir les ongles incarnés.
J'ai donc appris
en lisant ce dossier, des tas de choses sur la DHEA, qui vont
pouvoir me permettre de briller en société. Notamment
sur son statut. Est-ce un médicament au sens strict
du terme ? Est-ce seulement une hormone ? Quel est l'âge
du capitaine ? J'y ai appris
surtout que bien vieillir ça se mérite, qu'il fallait
faire des efforts pour faire un beau vieux. Car le vieux est
naturellement laid, dès qu'il se laisse aller à
ses coupables penchants. Heureusement qu'avec la DHEA qui vous
requinque le fanon, vous retape le fessier et vous retend la
couenne comme aux plus beaux jours, le vieux va devenir une espèce
plus menacée de disparition que ne l'est le rhinocéros
blanc. Qui est, il faut le dire aussi, assez laid et plein de
replis de peau. Comme quoi ! Tout se tient et il y a tout de
même une justice. Mais ne chipotons
pas pour si peu, moi je trouve ça bien, que l'on déclare
anormal le vieillissement. Je trouve juste que la réponse
apportée à ce fâcheux problème, pèche
par une sécheresse toute chimique. Parce que Méphistophélès,
proposant le marché que l'on sait au bon docteur Faust,
ça avait tout de même plus de panache qu'une hormone
en cachets. Enfin, on perdra en poésie ce que l'on gagnera
en efficacité. Et qu'est-ce que la poésie aujourd'hui
? Je vous le demande ? La mise hors-la-loi de la vieillesse n'est qu'une étape vers le but ultime qui est de ne plus mourir. On ne peut imaginer projet plus fédérateur. Car il faut se rendre à l'évidence, les gens, quels qu'ils soient, ne veulent plus mourir. Encore une tradition plusieurs fois millénaire qui risque de disparaître dans l'oubli, et que colporteront le soir à la veillée quelques jeunes - puisqu'il n'y aura plus de vieux - nostalgiques d'un mythique autrefois. Les gens ne veulent plus mourir. Et tout ça, par la faute de libres-penseurs et de matérialistes inconséquents, qui en les privant de la notion de dieu, leur ont ôté la béquille qui les aidait à supporter l'idée du saut définitif. La religion leur serinait que si tout n'était pas vraiment terrible dans ce monde là, au moins dans l'autre les attendait, pour peu qu'ils aient vécu une vie exempte de toute dépravation, une existence de félicité éternelle. Aujourd'hui,
la plupart des gens sont persuadés qu'ils ne sont rien
d'autre que le fruit d'un moment de hasard, pas trop désagréable
pour leurs géniteurs. Qu'ils ne sont rien d'autre qu'un
agglomérat de liquides divers, d'os et de tissus conjonctifs,
le tout composant un tableau vivant, à l'esthétisme
plus ou moins réussi. Disons plus, lorsqu'il s'agit de
Laetitia Casta. Aussi, en attendant
que les chimistes trouvent le moyen de les conserver en vie pour
l'éternité, - ce qui à titre personnel m'embête
un peu parce que l'éternité ça risque d'être
long à force (mais je me console en disant que je ne verrais
pas ça de mon vivant) - , tout le monde veut rester jeune
jusqu'au bout. Oui vraiment,
je me demande s'ils y ont bien réfléchi. |
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