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Le ouaibe c'est l'avenir
Le web c'est l'avenir. Que voilà une sentence définitive qui tue. En photo
dans un magazine consacré aux programmes télé, posant sur fond
d'intemporel et irréfutable symbole de modernité qu'est la tour Eiffel,
c'est par ces fortes paroles qu'une journaliste de télévision plus célèbre
pour l'épaisseur de ses pulls en mohair et la jolie couleur myosotis de ses
yeux que pour sa propension à poser des questions qui dérangent, nous
disait sa confiance inébranlable en un futur technologiquement radieux.
On applaudira au passage la finesse autant que la pertinence de l'analyse,
digne de la prospective de pointe la plus argumentée, et on se dit
qu'heureusement, de tels visionnaires existent pour nous décrypter,
selon un terme à la mode, des lendemains hors de portée de notre compréhension.
On appréciera aussi de même, l'antienne niaiseuse entonnée une fois de
plus, par tous ceux, les cyberniais ou technobabas qu'animent une foi bêlante
en le " progrès " et capable d'absorber sans le moindre recul, ou
manifestation de sens critique, aussi infime soit-elle, n'importe qu'elle
foutaise enjolivée des pampilles du modernisme.
Le web c'est l'avenir. L'avenir de qui ? L'avenir de quoi ? Comment se
manifesteront ces félicités et pour qui ? Epais mystère. Elles seront,
puisque du progrès découle immanquablement le bonheur de tous. Il suffit
pourtant de parcourir le ouaibe et ses sites dégoulinant de publicité
tapageuse pour s'apercevoir que le seul avenir qui semble assuré et même
bien assuré est celui du mercantilisme. Etant donné que l'on applique au
web les mêmes procédés commerciaux que ceux qui prévalent à la télévision,
on ne voit pas bien pourquoi celui ci échapperait au triste sort que connaît
celle-là. Tout zélote ouaibesque devrait s'interroger un minimum là
dessus avant de nous emboucaner les oreilles de ses trémolos enfiévrés.
Pour en revenir à la charmante dame dont il était question un peu plus
haut, on pourrait dire que ce sont les ennuis, passagers souhaitons le, que
connaissent un époux qui prend généreusement sur un temps passé à
expliquer gentiment aux mondialisés malgré eux les avantages stimulants de
la précarité et autres bienfaits de la globalisation, pour dealer du
conseil à 60 patates qui lui troublent un peu le jugement et lui font proférer
de telles inepties.
Mais il se trouve que la presse dite spécialisée n'est pas en reste. Après
tout pourquoi laisser le bénéfice du n'importe quoi flamboyant au seul
profane ? Une revue, peu importe son nom, réussit l'exploit tout à fait inédit
de propulser par deux fois dans le même numéro, l'aiguille du stupidomètre
dans la zone rouge.
La première c'est en décernant un prix d'excellence technique à un système
d'exploitation que personne ne connaît encore vraiment sinon sous la forme
de distribution non finalisée. Un système qui n'a pas été installé en
vrai grandeur dans les entreprises, qui n'a pas franchi l'épreuve du
quotidien, bref qui n'a pour le moment pas d'autre existence que marketing .
Ce système c'est Windows 2000, au cas vous ne vous en seriez pas douté. Il
fallait oser, ils l'ont fait, bravo !
La deuxième c'est de mettre à disposition des foules ébahies un test
destiné à, je cite " Déterminer la capacité d'un PC à s'acquitter
de la création d'un contenu multimédia destiné à l'Internet ".
Alors là chapeau, que l'on conseille une plate-forme minimale destinée à
créer dans de satisfaisantes conditions de confort et donc de
productivité des sites web, quoi de plus naturel ? Mais que l'on aille
inventer une batterie de tests affublée du nom grotesque et pompeux de
" Creation Content Winstone 2000 ", que l'on fasse semblant
d'imaginer une métrique objective pour quantifier cette activité, ça me dépassevraiment.
Ils mesurent quoi dans leurs tests ? Le nombre des tags HTML générés à
la seconde ? Le nombre de petits mickeys animés par minute ? La rapidité
de chargement des jolis images ? Le nombre de bloc if dans le
JavaScript ?
J'espère que tout cela attribue une note globale en fonction de l'intérêt
du site. Quand on fait dans le scientifique velu il n'y a vraiment pas de
raison de s'arrêter en si bon chemin J'aimerai trouver une expression
pleine d'arabesques sémantiques et de style, pleine de glamour et d'élégance
pour essayer de traduire la profonde perplexité qui m'habite mais hélas,
je n'en vois pas d'autre aussi capable que celle là ; ça me troue le cul.
A défaut d'y croire vraiment, on aurait pu au moins espérer une accalmie
dans le mouvement brownien des particules de sottise en
suspension dans l'informatique. On aurait pu espérer que les âneries débitées
à propos de l'an 2000 allaient servir de leçon aux omniscients médiatiques
ainsi qu'aux spécialistes en tous genres, et leur inspirer, non pas de
l'humilité il ne faut tout de même pas rêver, mais au moins un
minimum de prudence.
On aurait aimé que tous ceux qui débarquent chez vous sans y être invités
pour à tout propos vous dire le sens de chaque chose, veillent à tourner
sept fois leur langue, leur plume et leur clavier où bon leur semble, avant
de nous asséner les visions grandioses que leur inspire le progrès
informatique et son inévitable composante cyber.
Mais hélas, ils ont déjà tout oublié, le passage à l'an 2000 datant
d'un mois, autant dire qu'il se trouve relégué dans un passé à dater au
carbone 14. Que la fête (re)commence !
MachiN
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