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Canular intersidéral ?
Selon une dépêche Reuters du 22 février reprise par Wired le lendemain, le dernier livre de Pierre Kohler sur la dernière mission de la station russe Mir aborderait la question du coït en apesanteur. Plus précisément, le journaliste scientifique citerait un rapport confidentiel de la Nasa sur une expérience de rapports sexuels en apesanteur. Ce document censé être indexé sous la côte NASA12-571-3570 y relaterait une série de dix protocoles scabreux visant à évaluer les possibilités d'une étreinte amoureuse en micro-gravité.
Bien que l'idée d'une telle expérience ne soit pas si farfelue qu'elle y paraît de prime abord, les sources de cette information sont sujettes à caution. En effet, on comprend que, dans l'optique de futurs vols spatiaux au long cours, les agences spatiales américaines, russes ou européennes se doivent d'envisager l'éventualité de rapports sexuels entre membres de l'équipage. En revanche, ce qui paraît plus étrange c'est que le rapport censé relater ces expériences soit essentiellement récupérable sur des sites d'humour ou d'ésotérisme. On dit bien que la vérité sort toujours de la bouche des enfants et des bouffons, mais il est plus rare que ces derniers produisent des rapport scientifiques (apparemment) circonstanciés. Que penser donc d'un rapport que l'on retrouve aux adresses suivantes :
http://www.bayview.com/%7Ehermit/funny/parody/space_sex.html
http://www.interweavers.com/humor/sex.space.html
Nul ne manquera de remarquer que dans ces URL, il est surtout question de fun, de parodie, d'humour... et de gaudriole.
En fait, la lecture attentive de ce prétendu rapport confidentiel confirme bien cette impression de franche rigolade. Tout d'abord, le texte auquel l'on a effectivement accès n'a pas la côte annoncée (12-571-3570) mais semble postérieur (14-307-1792) : en fait, il fait référence à la fameuse étude 12-571-3570 qui elle, est introuvable.
Ensuite, le rapport se présente comme un authentique compte rendu d'expérience : rappel des raisons de l'étude, description de la méthodologie expérimentale, présentation des résultats, discussion et recommandation... Le ton neutre, la description détaillée des protocoles et l'emploi de plusieurs termes techniques ainsi que quelques références à des sources inaccessibles peuvent contribuer à asseoir cette impression de sérieux.
Toutefois, la lecture attentive et raisonnée des " faits " décrits dans le rapport incite plus à la franche rigolade qu'à l'investigation scientifique. Il y est question de 10 expériences de coït testées en apesanteur par un couple dans la Navette spatiale, dont 6 avec des accessoires de maintien (ceinture élastique, tunnel de contention)... et un 69.
Ce sont précisément ces positions avec accessoire qui ruinent le plus la crédibilité de l'article. En effet, si l'on comprend que l'absence de gravité puisse parfois compliquer l'union des deux partenaires, on se demande si l'emploi d'accessoires de bondage ne relève pas plus du fantasme trekko-barbarellesque que d'une réelle nécessité mécanique. Surtout lorsqu'aucune des positions testées " avec appareil " ne se révèle en définitive satisfaisante.
En fait on a l'impression que ses positions n'ont été testées ni par la Nasa, ni dans la Navette, ni en apesanteur mais dans un cadre... plus récréatif. En effet, l'auteur apporte plusieurs détails scabreux sur les " effets secondaires " à l'usage des ceintures et des tunnel de contention. Ces observations, comme dans tout bon canular, mêlent l'indicible parfum du vécu à celui de la grivoiserie.
Il est ainsi expliqué que la position du missionnaire est assez difficile à pratiquer lorsqu'on est maintenu par une ceinture à la taille : ce qui est plus qu'étrange, c'est que les ingénieux ingénieurs de la Nasa aient eu besoin d'une expérience pour s'en rendre compte. On apprend aussi qu'il a fallu trois expériences ou l'on faisait entre le couple dans un tunnel élastique pour se rendre compte qu'un tel appareillage ferait baigner les astronautes dans leurs jus : encore une fois, on est impressionné par le sens pratique des
cosmosexologues... Tout ça pour finir sur une série de coït sans outils où le principal problème semble être " l'envol " du partenaire juste avant l'orgasme : la métaphore est trop charmante pour être tout à fait réaliste...
Bref, il semble que ce fameux rapport relève plus du canular de salle de garde que de la recherche scientifique. En fait, les seules expériences officielles et publiées menées sur la question portent sur la reproduction... des poissons. Une description du vol est disponible à cette adresse :
http://cosmo.ric.u-tokyo.ac.jp/SPACEMEDAKA/Chapter3_E.html.
Et si vous voulez savoir (vraiment) quels sont les (vrais) problèmes posés par l'apesanteur pour la comportement humain, allez plutôt voir le site de Ray Noonan à
http://academic.brooklyn.cuny.edu/health/noonan/humans_in_space/faq.html
Enfin, si vous voulez savoir pourquoi la Nasa n'a jamais mené de telles expériences, pourquoi elle aurait malgré tout dû le faire, et... d'où a bien pu venir l'idée du faux rapport sus nommé, lisez attentivement la page suivante :
http://www.deepdisc.com/space1999/archive/09.html
Docteur Folamour
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